Les fantômes de la nation

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A ce jour, il est pratiquement impossible de dire à combien s'élève exactement le nombre de morts. On peut par contre affirmer avec certitude que le chiffre total tourne autour des deux cent cinquante mille victimes. Un chiffre ahurissant qui donne des sueurs froides. Plus poignant encore est le nombre de personnes disparues dans des conditions pour les moins inhumaines. Ces noms sans cadavres hanteront désormais et pour l'éternité la mémoire collective et s'immortaliseront comme les ombres de la république.

Il faudrait au nom de tous les préceptes de la dignité humaine mettre toute la lumière sur cette affaire macabre dont les tenants et aboutissants ne laissent plus place au doute, puisqu'il est tout à fait établi que la loi de la barbarie qui règne au sein des services de sécurité a donné lieu a de graves dépassements avec les conséquences et les préjudices irréversibles que l'on connaît.
Dans une démarche impitoyable, les responsables des services opérationnels du DRS sous les ordres directs des généraux Toufik et Smain ont essayé de traiter le sujet à ''leur manière''. Après avoir réussi à faire disparaître les dépouilles, ils ont prescrit vainement de faire de même avec les noms. Ils ont férocement, au sens propre du mot, combattu les familles qui n'ont fait que demander des nouvelles de leurs proches disparus après des arrestations officielles. Des centaines de civils se sont retrouvés ainsi arrêtés, torturés, violés, dépossédés, persécutés et renvoyés de leur travail par ce qu'ils ont refusé de cesser leur recherche de la vérité. Un drame dans le drame pour ces familles sur lesquelles ne s'élève plus le soleil de l'Algérie indépendante !

Des hommes, des femmes, des enfants ont été le souffre-douleur des tortionnaires qui ne veulent pas être confrontés avec leurs méfaits et ont inutilement essayé de faire taire les portes voix de ceux qui n'ont pas de tombes. Comment des mères de disparus, poussées par le sacré instinct maternel pour trouver leurs enfants, ont été torturées à leurs tours, violées, humiliées, emprisonnées des années durant pour qu'elles abandon-nent une partie d'elles-mêmes aux oubliettes des généraux.

Une mère de disparu a déclaré aux officiers du centre de Recherche et d'investigation (CRI2, La branche régionale du CRI-ANTAR d'ALger) de la deuxième région militaire qui l'ont torturé en lui disant que son fils était un terroriste : " Personne n'est un vaurien pour sa mère " !

Il est quand même tragique et choquant pour l'Algérie révolutionnaire d'avoir à subir une telle humiliation à cause des bourreaux qui ont commis des crimes crapuleux au nom de la sauvegarde de l'Algérie.

Si Mohamed Lamari, le créateur du Centre de commandement de la lutte antisubversive (CCLAS), estime qu'il peut soudoyer les familles des disparus en fixant un prix pour chaque tête, la réponse est bien évidente :

A quel prix estime t-il la vie de son fils aîné Farid Lamari le dentiste ? A quel prix estime t-il la vie de son fils benjamin le commandant Mourad Lamari qu'il a mis à l'abris au siège de l'OTAN en Belgique ? Quel prix est-il prêt à donner pour ramener à la vie son fils cadet Djamel Lamari décédé d'une péritonite en 1993 à L'hôpital militaire de Ain Naadja ?
Est-ce que l'honneur de sa femme Kheira, sa fille aînée karima ou de la petite dernière est plus précieux que celui des mères, des sœurs, des femmes et des filles de disparus ?

Il est vrai que l'homme ne reconnaît sa vraie dimension que lorsqu'il est confronté à lui-même.

 

Nous avons honte…