Un tremblement au sommet

_______________________

 

L'image des protecteurs de la démocratie et les vecteurs moraux de ses préceptes ne passe plus parmi les sociétés algérienne et étrangères, ces dernières étant de toute façon les plus importantes à leurs yeux et les plus difficiles à convaincre.
Aculés de toutes parts, les généraux mènent un combat quasi-quotidien pour faire imposer tant bien que mal leur autorité qui s'est beaucoup effritée suite aux nombreux scandales qui ont porté une atteinte certaine à leur notoriété au sein de l'ANP. Cette situation a encore empiré depuis qu'ils ont ramené Abdelaziz Bouteflika au pouvoir. Chargé officieusement de leur redonner une nouvelle vertue d'envergure internationale, Bouteflika a contribué volontairement à aggraver les scissions entre les différents clans de l'armée apparues surtout à la fin du règne de Liamine Zeroual. La tension au sein du commandement militaire a ainsi atteint des seuils très dangereux et des proportions jamais inégalées depuis le putsch de 1992.

Les objets de discordes entre les généraux sont devenus aussi variés que multiples. Que se soit à partir de conflits d'intérêts matériels, de nature purement militaire, politique ou simplement par manque d'affinités personnelles, tous les ingrédients d'une explosion volcanique sont réunis et ce malgré toutes les images officielles d'une armée unie et sereine.
Mais quelque part à l'ombre, un démon tire les ficelles et fait tout pour appuyer son clan favori au profit de l'autre. Une main de feu dans un gant de soie, Larbi Belkheir, depuis sa résidence en Suisse tisse le macabre destin de l'Algérie en déperdition.

Avant de revenir officiellement aux affaires, Belkheir veut faire le grand ménage en éliminant tous les officiers du clan Zeroual. Pour lui, le but en fait est de reconstruire le paysage militaire à la convenance du parrain ; un environnement qui lui permettrait de prendre le poste de vice-président en premier lieu et président de la république par la suite. Son dauphin le général Mohamed Mediene est tombé en disgrâce depuis que ce dernier a pris son propre envol et a commencé à faire cavalier seul. Un péché impardonnable quand on connaît la loi qui régit le milieu mafieux qui n'admet guère plus d'un parrain à la fois. Pour Belkheir, éliminer Toufik est devenu un objectif de première priorité.

Soucieux de rétablir son hégémonie, ''Si Larbi'' (comme il aime si bien être sollicité) a réuni tous ses hommes du premier plan autour de lui pendant que Bouteflika était en voyage officiel aux Etats Unis. Durant cette rencontre qui s'est tenu au palais présidentiel d'Elmouradia, Larbi Belkheir s'est adressé aux généraux Mohamed Touati, Smain Lamari et Mohamed Lamari pour les informer de ses intentions. Larbi Belkheir a décidé de faire feux de tous bois et pousser Toufik vers la porte de sortie quel que soit le prix.
C'est Bouteflika lors de sa visite à Ouargla qui a officiellement ouvert le bal. Dans une sortie sans précédent il a pratiquement a la surprise générale ouvert le feu sur Toufik durant son interview télévisée. Avec des mots révoltés, il critique l'homme au cigare, confortablement installé dans son bureau qui tire les ficelles en Algérie. Il a même reproché à Toufik son ingérence dans l'administration de la toute puissante SONATRACH.

Autre lieu, autre personnage ; lors du procès très médiatisé de Fouad Boulemia, l'assassin du défunt AbdelKader Hachani, dans une sortie rocambolesque l'assassin présumé rejoint le combat des loups. ''Travaillé'' par Smain Lamari, Boulemia a déclaré durant son procès que c'est Toufik qui lui a demandé d'endosser l'Assassinat. Cette annonce a retenti comme un coup de canon dans la cour. Un tabou est levé par un petit agent insignifiant.

Pour la première fois, la photo de Toufik (celle du site du MAOL) est publiée en première page d'un quotidien qui annonçe en grand titre le départ imminent de l'énigmatique général Mohamed Mediene. Une relance étonnante de l'histoire, puisque la même chose a été entreprise près de vingt ans auparavant avec un certain colonel Kasdi Merbah. Le puissant commandant de la sécurité Militaire a été sorti de l'ombre par ''Hizb França''. Même si le rapprochement ne peut absolument pas être fait (Toufik n'étant pas du même calibre que son défunt patron), il est quand même important de soulever que les méthodes de déstabilisation et de manipulation sont restées les mêmes.

 


Bouteflika et l'ANP

Annoncé comme un grand évènement par la presse, la foudre s'est abattue sur un certain nombre d'officiers supérieur de l'ANP. Bouteflika a paraphé un décret de mise à la retraite de presque tout le clan des Zeroualistes. Le général major Tayeb Derradji (ex. Commandant de la gendarmerie), le général major Rabah Boughaba (ex. Commandant de la première région militaire), le général major Ghodbane Chaabane (ex. Commandant des forces navales) et d'autres officiers supérieurs qui occupaient des fonctions sensibles sont limogés sans préavis. Même le dauphin de Toufik, le général Sadek Ait Mesbah , le patron de la sécurité présidentiel (SSP), est chassé de la présidence par ''Bouteflika'' qui a décidé de couper les ailles du DRS. Récupéré par Toufik, Le général Sadek a échappé miraculeusement au limogeage.


Au début du mois d'avril 2001, Toufik est sollicité par Larbi Belkheir en personne à faire valoir ses droits à la retraite. Exceptionnellement, reçu chez Toufik dans sa résidence à la cité Said Hamdine, Belkheir a mis beaucoup de temps et d'efforts pour essayer de convaincre Toufik de la nécessité d'un changement à la tête du DRS ; il a même laconiquement rappelé que lui-même a quitté les sérails du pouvoir pour laisser la place à la nouvelle génération !
Toufik a l'impression d'être pris pour un imbécile et n'arrive pas à croire que l'on puisse lui faire ça. Sa réponse à Belkheir est toute simple et directe : " Si je dois partir, c'est tout le monde qui dois partir aussi".
La réaction du clan Belkheir est immédiate, dans la soirée qui a précèdé cette visite, Mohamed Lamari en personne intime l'ordre à trois compagnies de para-commando d'encercler la villa du général Mohamed Mediene et d'interdire la sortie du général quel que soit le prix. C'était sans compter sur le pouvoir de Mohamed Mediene qui avait prévu un tel revirement de la situation. Tous les amis du directeur du DRS se sont mobilisés pour desserrer l'étau qui commençait à étrangler le chef.
Depuis son quartier général de Cheraga, le general Benaziza Mohamed, le chef d'Etat major de la gendarmerie nationale ordonne à ses troupes stationnées en Kabylie de mater dans le sang toutes protestations ou attroupement non autorisé. Le 18 avril 2001, c'est dans les locaux lugubres de la gendarmerie de Beni-Douala que le malheur sévit. Guermah Massinissa, un lycéen de 19 ans est exécuté d'une rafale de Kalachnikov. Quelques jours plus tard, beaucoup de sang a coulé, des dizaines de jeunes qui protestent sont liquidés par les snipers de Benaziza, le but est de mettre à feu et à sang la Kabylie, le théâtre sanglant de toutes les discordes du sommet.
Même le chef de la deuxième région militaire, le general Kamel Abdelrahmane a exprimé son désaccord à Mohamed Lamari sur ce qui venait d'arriver à Toufik en signifiant clairement que cela pourrait mettre à mal l'unité de l'ANP.
Devant la gravité de la situation, c'est Larbi Belkheir en personne qui ordonne le lever du blocus contre Toufik. Ce dernier mène depuis plus d'une année une lutte sans merci pour sa survie usant de tous les supports politiques et médiatiques.

 

 


Smain, un formidable agent français

Smain Lamari a beaucoup changé depuis ses premiers pas à la DCE en tant que lieutenant-colonel et à mesure qu'il réalisait des succès, il gagnait aussi en puissance et en notoriété au point où il ne rendait plus compte au directeur du DRS mais le faisait directement au président. Des coups tordus et spectaculaires, Smain en a réalisé des masses durant cette décennie, mais depuis qu'il a réussi à infiltrer et maîtriser certains groupes Islamistes ainsi que l'Armée Islamique du salut (AIS), il a réussi à s'imposer comme l'interlocuteur clef des Islamistes.

Suite à l'arrestation de Madani Mezrag blessé lors d'un accrochage avec les forces de l'ANP en 1995, il est fait prisonnier au siège opérationnel de la DCE à ANTAR après avoir été soigné. Son retournement a pu se faire sans grand effort de la part des officiers en charge de son interrogatoire et un plan de travail est dressé avec lui dans le but d'organiser et restructurer toute l'AIS (Affaiblir Benaicha à l'Ouest et rassembler le plus de militants). C'est ce qui a donné lieu par la suite à des négociations secrètes menées à bon terme par Smain Lamari en personne avec les autres dirigeants de l'AIS ; il s'est réuni en personne avec les émirs de l'AIS à visage masqué et leur a dicté mot à mot toutes les démarches à suivre pour être amnistié. Cette démarche est devenue par la suite la fameuse ''concorde civile''.

Depuis le coup d'Etat, les allées et venues de Smain Lamari à Paris ont soulevé des interrogations chez plus d'un au sein même du DRS. Mais depuis qu'il est à la tête de la DCE, il a très largement outrepassé sa mission en s'octroyant aussi celle du DDSE (Directeur de la Documentation et Sécurité Extérieure) et du DREC (Directeur des Relations Extérieurs et Coopération). Au numéro sept rue Nélaton, (Siége de la DST au quinzième arrondissement à Paris), Smain Lamari est reçu chez lui non seulement en qualité de collaborateur privilégié mais surtout en ami de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire). Il a depuis bien longtemps bu l'aphorisme : " On entre en DST comme on entre en religion ".
Dés son arrivée sur le sol français, Smain Lamari est automatiquement pris en charge depuis l'aéroport par une équipe spéciale qui lui assure une protection contre tous les dangers, même lors de déplacements en Europe.

Le DCE, Smain Lamari a ainsi pu bénéficier pendant toutes ces années de l'énorme soutien apporté par certains hauts dignitaires des services du contre espionnage français (DST) soit de manière officielle ou à titre privé. Il a su tirer profit aussi de l'apport d'anciens barbouzes comme Jean Charles Marchiani. Depuis l'affaire des otages français du Liban, Smain Lamari qui a été mandaté par l'ex. Directeur de la sécurité militaire, Mehdjoub Lakhal Ayat, à suivre ce dossier n'a cessé de faire des affaires avec ses anciens collaborateurs de la diplomatie parallèle française.
Smain Lamari en fidèle allié, les a couvert depuis le début et a joué un rôle clé dans le versement de fausses rançons qui ont atterri sur des comptes secrets en Suisse. Des sommes faramineuses ont ainsi changé de main, un argent qui est resté entre deux eaux et n'a jamais servi à libérer qui que se soit.

Charles Pasqua, Jean Charles Marchiani, Yves Bonnet, ils s'en souviennent très bien et pour cause, aider le copain Smain est un devoir de Barbouze. Ca prendrait des heures rien que pour invoquer juste une partie des combines, les trafics que cette équipe mafieuse franco-algérienne a entrepris à l'échelle internationale mais surtout en Afrique. Du trafic d'armes au trafic de diamant au Zaïre, le Congo, le Mali, et le Niger …etc. De la tentative de liquidation contre Maamer Kadhafi à la liquidation effective d'opposants politiques ; la plus médiatisée reste celle de Me Mecili. L'omerta qui caractérise ce milieu et y règne en reine s'abat comme une chape de plomb sur un monde ou l'Argent et le pouvoir vont de paire à l'insue de toutes les lois et valeurs morales du monde.

Jean Charles Marchiani est le premier à réussir l'approche de Rabah Kebir et ensuite à organiser la première rencontre entre Smain Lamari et Rabah Kebir. Par ricochet, la manipulation de Kebir a permis d'un autre côté de mettre en échec et neutraliser les services secrets marocains.
Rabah Kebir avait financé l'achat de plusieurs dizaines de pièces d'armes diverses pour le compte de l'AIS ; une fois les armes acquises elles ont traversé la France protégées par les amis de Smain, pour finir à la frontière entre le Maroc et l'Algérie. Smain attendait les armes de pied ferme au poste de Douane et une fois les armes entre les deux frontières, des agents de la DCE ont investi les lieux et ont mis à jour le pseudo trafic venant du Maroc. La réaction d'Alger ne s'est pas fait attendre et la frontière est immédiatement fermée et les Marocains fort embarrassés par cette fâcheuse découverte.
Plus tard, Mustapha, le frère de Rabah Kebir accompagné d'éléments de Smain fait beaucoup d'allers et retours entre Alger et Bonn pour finaliser le traité de reddition de l'AIS et préparer le lancement médiatique de la fameuse mais néanmoins catastrophique loi de la concorde civile. Même des éléments du FIS à l'étranger sont rétribués pour se rendre symboliquement en Algérie avec leurs familles; il fallait à tout prix montrer au monde que l'Algérie de Bouteflika était guérie !

 

 


La Guerre entre le DRS et le DCE

Fort du soutien de ses amis d'outre-mer, le DCE a commencé à prendre ses distances avec son directeur le general Toufik, et depuis le milieu des années quatre vingt dix, il a tous fait pour se munir d'une autonomie. Il a même demandé à Liamine Zeroual après son élection à la présidence de l'Etat de créer une DST algérienne (reconvertir la DCE en DST), qui serait indépendante du DRS et qui rendrait compte directement au président de la république ! Liamine Zeroual a catégoriquement refusé la proposition. Le général Toufik a su dès lors que Smain allait devenir un problème…et de taille !

Dans l'enceinte du ministère de la défense Nationale, depuis le début 2001, il n'est un secret pour personne qu'entre Mohamed Mediene et Smain Lamari c'est la guerre. Les escarmouches entre les deux antagonistes sont devenues très courantes jusqu'à atteindre des proportions alarmantes, puisque les éléments des deux hommes en sont venus aux armes lors d'une réunion qui s'est tenue au siège de la DCE à Ghermoul. Tout le DRS s'est trouvé ébranlé puisqu'un front nouveau s'est créé dans la direction la plus sensible de toute l'armée. Entre les deux adversaires tout est devenu permis puisque dans ce monde le perdant a tort, toujours tort !

Le conflit a éclaté au grand jour avec un attentat commandité par Toufik contre Smain Lamari devant le siège même du DRS à Dely-Brahim. A quelques mètres de l'entrée de la caserne (siège du DRS), le véhicule blindé de Smain a subit une averse de balles perforantes venant des passagers d'un fourgon qui l'a dépassé. Ils ont aspergé le directeur de la DCE d'un feu nourri pendant quelques minutes très chaudes. Le chauffeur de Smain a trouvé la mort et Smain Lamari a miraculeusement échappé à l'attentat.

A peine trois semaines plus tard, Smain Lamari rend le coup à Toufik. En plein mois de Ramadan le chauffeur de Toufik découvre in extremis une charge de TNT à l'intérieur même du véhicule du DRS avant de démarrer pour se rendre au siège de la présidence de la république où Toufik devait rencontrer Bouteflika en fin d'après midi. La voiture de Toufik était pourtant bien garée et gardée devant la porte d'entrée du bâtiment C au ministère de la défense ; une entrée réservée exclusivement au directeur du département de la recherche et de la sécurité.
En apprenant la nouvelle, la réaction de Toufik ne s'est pas fait attendre et il a de suite démis Smain Lamari par décret de sa fonction de sous directeur du DRS.

Malgré plusieurs tentatives de médiations entreprises par le chef de l'Etat major Mohamed Lamari et Mohamed Touati, le général Toufik a posé une fin de non recevoir à toutes les doléances concernant le sujet à ce jour.

Smain Lamari pensait qu'en ensemençant le terrain opérationnel de ses agents il allait dominer pratiquement la situation sécuritaire et devrait réussir à empoigner les pleins pouvoirs. Ce qui lui aurait permis par conséquent de faire la pluie et le beau temps sur l'échiquier politique de l'Algérie. C'était sans compter avec la ruse de Toufik qui avait justement grâce au général Kamel Abdelrahmane créé une direction de contre espionnage bis (DCE) au sein même du DRS.

La relation entre Toufik et Kamel Abdelrahmane n'a cessé d'évoluer, depuis que ce dernier a réussi à s'imposer sur le terrain opérationnel à la DCSA en donnant ainsi plus de pouvoir à Toufik. Les noces de Kamel Abdelrahmane avec la nièce de Toufik n'ont fait que consolider encore plus les liens entre les deux hommes, devenus très proches par cette parenté officielle.

En effet à la tête de la direction centrale de la sécurité de l'armée (DCSA), Kamel Abdelrahmane avait donné les pleins pouvoirs aux Commandants des centres opérationnels pour agir sur le terrain, ouvrant ainsi d'un côté pleinement le champ à tous les dépassements qui ont été orchestrés surtout conte les civils et créant une sorte de situation d'exception où par défaut et manque de textes clairs en la matière, la DCSA se trouvait au-dessus de la DCE de Smain Lamari. Ceci vient du fait que la DCSA est officiellement responsable de la sécurité de tous les biens et les personnes militaires et civiles qui ont un rapport avec l'ANP que se soit de près ou de loin. C'est cette tâche spéciale qui a été savamment exploité étant donné que le personnel de la direction du contre espionnage (DCE) de Smain est composée uniquement de militaires.

Il faut rappeler au passage et à juste titre que le général major Saidi Fodhil a été liquidé par deux fois à cause justement de cette lutte des clans où la DSCA était au centre du conflit ;

Une première fois lorsqu'il a été chassé de son poste de directeur de la DDSE car Smain Lamari ne voulait pas de lui comme interlocuteur vis-à-vis des services étrangers et surtout français. Trop raide, peu coopératif et beaucoup moins complaisant que Smain, les Français ne voulaient pas de Saidi.
Pour l'éloigner Smain avait obtenu à l'époque de Zeroual que Saidi Fodhil soit réaffecté au Commandement des forces terrestres comme chef de la quatrième région militaire. Smain ne voulait pas de lui à la DCSA, puisque Saidi devait permuter son poste avec Kamel Abdelrahman. Liamine Zeroual tenait trop à Saidi Fodhil et Smain Lamari ne pouvait donc pas lui demander de le mettre à la retraite anticipée.

Une seconde fois, comme déjà cité précédemment dans un autre dossier, Saidi Fodhil a payé de sa vie une nomination par décret présidentiel, de nature stratégique, au poste de directeur de la DCSA. Une condamnation à mort paraphé par Zeroual qui voulait prendre en main les affaires de l'armée. Mais le manque de courage et de charisme de Liamine Zeroual ont été les causes directes de la tragédie qui secoue le pays depuis son accession au pouvoir.

La DSCA est devenue le verrou qui contrôle tout le panorama civil et militaire de l'Algérie, et les moyens octroyés par Toufik à ses services opérationnels dépassent toute imagination. Le seul fait de prononcer CPMI-Benaknoun est devenu synonyme d'aller sans retour, un saut vers l'inconnu…, en un mot la mort.
La réputation du CPMI s'est propagée sur tout le territoire national comme une traînée de poudre donnant des sueurs froides aux plus coriaces.

Une concurrence impitoyable a opposé les services opérationnels des deux camps (la DCSA et la DCE) sur le terrain allant même aux liquidations physiques qui ont été perpétrés par les deux partis, et commandités par les chefs des services opérationnels respectifs ; le colonel Bachir Tartag (alias colonel Athman) au Centre Principal d'Investigation Militaire (CPMI à Benaknoun) pour la DCSA et le colonel Farid Ghobrini (alias colonel Farid) pour la DCE au Centre de Recherche et Investigation (CRI ANTAR, à la sortie de Benaknoun, côté du parc zoologique).

L'essentiel avant tout est de satisfaire le chef et le conforter dans son poste; Toufik pour l'un, Smain pour l'autre. Le nombre de civils qui ont fait les frais de cette mascarade et ont péri dans cette course effrénée au pouvoir est effarant. Le tableau de chasse de chacun des partis devait contenir le plus de trophées possibles et c'est l'une des raisons directes de l'énormité du chiffre des personnes disparues.


L'animosité entre le général Toufik et le général Smain a atteint des sommets sur plusieurs dossiers clefs dont celui du Mouvement Algérien des Officiers libres. Après la nomination officielle de Bouteflika comme président, Smain Lamari s'est déplacé en personne à Madrid pour prendre contact avec les représentants du commandement du MAOL à l'étranger. Pour se faire, il a chargé le chef de l'antenne du DRS le colonel Betine Rachid alias colonel Ziad de prendre un premier contact et lui organiser une rencontre dans un grand Hôtel à Madrid. Le commandement du MAOL s'est refusé à rencontrer Smain Lamari malgré plusieurs tentatives de ce dernier. Il est reparti ensuite en France pour s'entretenir avec ses amis de la DST et comble du destin c'est un certain colonel Gérard de la DST qui est revenu officiellement à la charge cette fois-ci à Madrid par le canal des services de la sécurité intérieure espagnole. Les responsables du MAOL ont refusé aussi de se réunir avec l'émissaire français et le dit colonel est rentré bredouille à Paris. Sans désarmer, c'est un général qui s'est déplacé cette fois-ci en personne en Espagne pour offrir aux éléments du MAOL la somme colossale de dix millions de francs nouveaux en échange du silence du mouvement et la bénédiction de la loi d'amnistie mise en scène par Smain Lamari ainsi que le soutien actif à la politique de concorde civile annoncée par Bouteflika.

Une fois de plus les officiers du MAOL ont refusé de le voir malgré d'insoutenables pressions de la part du gouvernement espagnol. Depuis ce jour, l'attitude du gouvernement espagnol envers le MAOL a empiré jusqu'à pousser l'ensemble des officiers présents a Madrid à entrer dans la clandestinité. Les Espagnols avaient décidé de mettre en résidence surveillée tous les officiers du mouvement à la demande des autorités algériennes et françaises.
Il faut dire que le poste d'ambassadeur d'Algérie en Espagne est resté longtemps vacant et cela n'était pas du goût des autorités espagnoles qui ont misé très gros sur le gaz algérien.

Après l'échec du général de la DST, Smain Lamari est rentré fou furieux à Alger et c'est de son bureau qu'il a envoyé un émail au site du MAOL. Sur un ton très menaçant et ferme, il s'est adressé avec un mauvais français pour se plaindre du colonel B. Ali qui a refusé de la voir à Madrid. Il a ensuite fait remarquer que les généraux, dont le MAOL a réclamé le départ à Bouteflika (pour résoudre le conflit en Algérie), ne partiront jamais et que le MAOL doit choisir entre une retraite dorée au soleil ou accepter les conséquences qui allaient s'abattre sur ses éléments surtout en Algérie. Il a fini son message par une réflexion assez révélatrice en disant : " On y est, on y reste."

Plus grave encore, quelques semaines après ses menaces, Smain Lamari s'est réuni secrètement avec les représentants d'un service de renseignement étranger (pas Français) à Palma pour convenir entre autres d'un plan de liquidation physique des officiers du MAOL à l'étranger, heureusement que des officiers intègres ont alerté certains organes de presse étrangers qui ont vite révélé l'information.

Quelques jours après le dernier message de Smain, c'est le général Toufik qui a contacté lui aussi directement le MAOL par des messages émail qu'il a envoyé au site internet. Sur un ton courtois, il a essayé de convaincre les responsables du MAOL d'accepter de rencontrer un général, le colonel Belaid Benali alias colonel Alili alors responsable de l'antenne du DRS à Londres a été chargé de préparer le rencontre. Après plusieurs tentatives de la part du général Toufik et devant le refus du Commandement du MAOL à Alger de marchander avec les responsables de la crise, le général Toufik a lui aussi fait des propositions pour les moins surprenantes ; il a proposé des postes de diplomates aux officiers du MAOL dans les capitales de leurs choix en plus d'une somme d'argent faramineuse à titre de dédommagement !
La réponse du MAOL a été : "le sang des milliers de victimes algériennes n'a pas de prix".

Les Algériens peuvent se demander après tout cela, à quoi peut bien servir le DRS avec toutes ses directions, puisqu'ils n'ont jamais entendu parler de l'arrestation d'un espion quelconque. Et c'est là où le bas blesse, puisque l'Algérie est malheureusement devenue le dépotoir de toutes les actions d'intelligence clandestines.

 


Le compromis

Smain Lamari a fini par lâcher Toufik, son patron et complice dans le drame algerien depuis dix ans, pour se rallier à Larbi Belkheir. Mercenaire sans scrupules, véritable Judas de l'Algérie actuelle, Smain Lamari revient à son ancien maître Larbi Belkheir pour lequel il exécute désormais toutes les basses œuvres.

Mais Smain Lamari n'ignore pas qu'il doit se méfier, car Belkheir le fourbe se vante volontiers en privé de continuer à ce jour de régner sur l'Algérie parce que les généraux sont " trop bêtes ". Larbi Belkheir, le Monsieur si gentil et si aimable, selon tous ses visiteurs étrangers, diplomates ou journalistes, sait si bien séduire et tromper. Mais derrière le sourire courtois se dresse en fait un funeste parrain assoiffé de sang et d'argent, le vrai patron et le principal bourreau de l'Algérie depuis plus de vingt ans. La devise de Belkheir est : toujours laisser les autres se compromettre ; lui il n'hésitera pas à lâcher ses créations maléfiques si c'est sa survie qui est en jeux ; d'ailleurs il a mordu la main de son bienfaiteur Chadli Bendjedid, l'homme qui a fait de Belkheir ce qu'il est.

Larbi Belkheir et Mohamed Mediene se déchirent presque ouvertement depuis plus d'une année ; Toufik n'a raté aucune occasion pour envoyer des ''torpilles'' à Belkheir, qu'il accuse par divers intermédiaires d'avoir fait assassiner le président Mohammed Boudiaf ou d'avoir provoqué la ruine du pays. Mais étrangement, ils restent par ailleurs unis face aux dangers extérieurs au clan et mettent en avant deux objectifs essentiels:

*Eviter que les justices nationale et internationale les rattrapent un jour.
*Trouver de nouveaux rideaux de fumée politique pour pouvoir continuer à engranger chaque année les milliards de francs qu'ils détournent depuis vingt ans et qu'ils rêvent de transmettre à leurs enfants.

Face aux menaces externes les généraux ont décidé à l'automne 2001, de mettre en place un dispositif de propagande spécial de grande envergure à destination de l'étranger, et surtout de la France. Il s'agissait pour eux de contrer les effets dévastateurs des révélations du Mouvement algériens des officiers Libres, du lieutenant Habib Souaïdia, du colonel Mohamed Samraoui, ou des autres documentaires télévisuel mettant clairement en évidence leurs responsabilités dans le génocide du peuple algérien comme les films de Canal Plus sur l'affaire Matoub Lounes ou le massacre de Bentalha.

Les généraux ont essayé à leur manière d'exploiter cyniquement les nouvelles données de la scène mondiale. Ils ont cru que les évènements du 11 septembre leur ont donné de nouvelles ailes et vont leur permettre de revenir au premier plan sur la scène internationale.
Le grand ''Mokh'' Mohamed Touati, conseiller politique au MDN et en charge du Conseil national de sécurité à la présidence de la République et le tenancier militaire effectif, a très clairement annoncé la couleur. Sur un mode sournois et hypocrite propre à lui, dans une interview ''exclusive'' qu'il a donné à deux quotidiens, dès le 27 septembre:

" Que va engranger l'Algérie ? En toute humilité, je ne saurais vous le dire. Mais, ce que je souhaite en ces circonstances, c'est qu'elle puisse détromper l'opinion internationale qui a été abusée par des sources liées au terrorisme international et au terrorisme qui sévit en Algérie, notamment sur la réalité de ce qui s'y déroule. Je souhaite donc que l'Algérie arrive à détromper l'opinion publique de certains pays quant à toutes ces tentatives sournoises qui visent à déculpabiliser les auteurs des massacres commis qui ont mutilé et blessé à vie l'esprit et la mémoire de nombre de nos compatriotes. Il nous faudra agir dans ce sens, mais la question ne dépend pas que de nous. Il faudra aussi compter avec l'amour-propre des Etats qui ne se déjugent pas facilement du jour au lendemain. "

Dans cette sortie rocambolesque du grand ''Mokh'', il suffit presque de changer le mot ''détromper'' par ''tromper'' pour deviner le programme du nouveau dispositif de désinformation que les généraux ont mis en place pour " agir en ce sens ". Dans ce dispositif, Khaled Nezzar n'est qu'un pion, à sacrifier s'il le faut. Car celui-ci, est à la fois fermé et borné et n'a plus de pouvoir, contrairement à son vieux chef et bienfaiteur Larbi Belkheir. En le poussant à s'engager dans un procès en diffamation à haut risque, ce dernier et ses collègues ont eu en tête le calcul suivant :

*Si par miracle Nezzar gagne son procès, alors ce sera bon pour tous, puisqu'ils seront ainsi ''absous'' par la justice française.
*S'il le perd, ce qui est hautement probable, alors ils auront un bouc émissaire tout trouvé pour les turpitudes des années 1988-1993, à savoir : la répression sanglante des émeutes d'octobre 88, celle des manifestations de juin 1991, le coup d'Etat de janvier 1992, les déportations dans les camps du Sud, l'institutionnalisation de la torture et des exécutions extrajudiciaires, tout cela sera ''la faute à Khaled Nezzar'' et à lui tout seul.

Ultérieurement, il restera à trouver un autre bouc émissaire pour la période suivante (de juillet 1993, date de la démission de Nezzar de son poste de Ministre de la Défense, à aujourd'hui) : et c'est là que la stratégie des clans en conflit apparaît au grand jour et fait son nouveau lot de victimes civiles. Larbi Belkheir s'agite en tout sens pour que ce soit le général Mohamed Mediene. Ironie du sort, Toufik voudrait bien lui aussi que ce soit Larbi Belkheir, seulement ce dernier futé, a bien pris les devants en agissant derrière des écrans ; le plus célèbre de tous étant Smain Lamari.

Mais dans ce milieu assez peux ordinaire où la malice côtoie la traîtrise, peut-être bien somme toute que l'un et l'autre finiront par se réconcilier au mépris d'un troisième candidat qui portera le chapeau et cela pourrait bien être le général Smain Lamari qui est déjà très affaibli par sa maladie. Les gros problèmes de santé de Smain Lamari (un cancer avancé, comme celui de son frère décédé il y a quelques années), l'ont très sérieusement handicapé et l'empêche même d'exercer ses fonctions normalement.