LES GENERAUX ET LE GIA 8eme Partie

                        

_______________________

 

Djamel Zitouni, un terroriste à la solde des militaires

J'ai dit comment j'ai découvert en juillet 1994, par hasard, le rôle de Djamel Zitouni. Aujourd'hui, après avoir recoupé mes sources *(En plus du colonel Ghobrini Farid chef du CPO, au moins trois de mes officiers dont les capitaines Betchin Rachid dit Ziad et Chetibi Farouk, qui est venu passé deux semaines de vacances en famille chez moi à Bonn m'ont confirmé cette information, puis plus tard des cadres du DRS dont le capitaine Haroune et l'adjudant Abdelkader Tigha ainsi que le témoignage du capitaine Chouchane Ahmed à qui la proposition de seconder "l'émir du GIA  a été faite"), je peux affirmer, avec une absolue certitude, qu'il fut un terroriste des "groupes islamistes de l'armée" à la solde du DRS.

Ce petit vendeur de poulet, connu des familles d'officiers de la cité militaire de Chevalley, sans connaissance ni notoriété religieuse, prendra subitement du galon pour devenir "l'émir national du GIA" à la mort de Cherif Gousmi le 26 septembre 1994 (Ce dernier avait succédé à Sayah Attia, abattu le 16 mars 1994, le jour même ou le chef du gouvernement, Redha Malek, déclarait à Oran, lors de l'enterrement du dramaturge Abdelkader Alloula, que "la peur doit changer de camp" ; ce dernier ne faisait que reprendre les propos du général Bigeard pendant la bataille d'Alger en 1957).

 

Comment Zitouni est devenu "l'émir national" du GIA made in DRS

De la mi-1992 à 1996, le GIA made in DRS *(Il faut dire qu'il y avait de nombreux vrais maquis, Le DRS en a infiltré quelques uns et en a crée d'autres. Quoi que peu nombreux au début le GIA du DRS bénéficiant de la propagande et du tapage médiatique a réussi à faire rallier de nombreux islamistes qui commettaient des actes terroristes (surtout au centre Mitidja: Médéa, Chleff…) en ignorant que leurs émirs étaient manipulés et recevaient leurs ordres directement du CPO, du CPMI ou du CTRI de Blida) se reconstituait avec une étonnante célérité et se développait sur l'ensemble du territoire. Les véritables émirs qui siégeaient à Ben-Aknoun (Siège du CPMI, dirigé par le colonel Bachir Tartag) n'avaient aucun mal à recruter: il s'agissait généralement de jeunes chômeurs, idéalistes et naïfs, encadrés par des agents du DRS qui leur fixaient cibles et objectifs et qui agissaient évidemment pour le compte du pouvoir.

Dès le début du conflit, ce sont les cadres du DRS, sous la direction des généraux Toufik Médiène, Smaïn Lamari et Kamel Abderrahmane, qui embrigadaient et commandaient de jeunes égarés pour leur faire commettre des tueries effroyables soi-disant au nom de l'Islam.

L'infiltration, le contrôle et la manipulation des groupes du GIA ou autres répondaient à trois objectifs: discréditer la résistance islamique au coup d'État de janvier 1992 (en terrorisant la population), liquider les authentiques opposants et leurs soutiens, et obtenir le soutien politique militaire et économique des pays occidentaux. La stratégie des généraux était de montrer à l'opinion que le FIS était débordé par sa frange radicale qui s'attaquait au peuple et, par voie de conséquence, d'isoler les véritables opposants islamistes de leurs bases.
Djamel Zitouni, l'un des terroristes islamistes recrutés par le DRS, jouera un rôle essentiel dans cette stratégie après avoir connu une ascension vertigineuse.

Ramassé au cours d'une rafle à Alger alors que son parcours n'avait rien d'extraordinaire, sauf qu'il fréquentait la mosquée d'El Arkam à Chevalley (Lieu où Mohamed Saïd donnait ses prêches chaque vendredi), il est placé dans un camp de rétention au Sud et sera recruté sur la base du chantage à la suite d'une affaire de mœurs.

Les camps étant gérés par les troupes de l'ANP, il me paraît logique que son recrutement ait été  effectué par le CPMI. Etant donné qu'à  partir de 1993 tous les services du DRS étaient conjointement engagés dans la lutte contre l'intégrisme, je déduis que c'est la DCE qui l'a pris en charge pour le confier au CTRI de Blida.
Donc sa manipulation a été assurée par le colonel Mehenna Djebbar, surtout que le fief de Djamel Zitouni se trouvait à Chréa  dans les environs de Blida, il s'imposera plus tard en "balançant" les véritables djihadistes Si Mourad El Afghani, Sayah Attia et Cherif Gousmi ainsi que tous les dirigeants de maquis qui s'alliaient au GIA dans le combat contre le "Taghout": ceux-ci tombèrent au cours d'un guet-apens tendu par les forces de sécurité lors d'une réunion tenue à Tamezguida en mars 1994. Comme par hasard Djamel Zitouni fut l'un des rares (avec ses acolytes qui roulaient pour le compte du DRS) a être épargné et à échapper au carnage ; le terrain étant libre il se verra introniser quelques semaines plus tard "émir national des GIA" à la suite de l'élimination de tous les concurrents potentiels.

Auparavant la durée de vie d'un émir ne dépassait pas cinq à six mois, le temps de le localiser et de le neutraliser.

Zitouni, lui, tout comme son successeur Antar Zouabri (Lui-même agent des services du DRS), réussit à tenir trois ans, de 1993 à 1996 (bien que sa mort ait été plusieurs fois annoncée dans la presse algérienne, au gré des fables créées par le service d'action psychologique du DRS, dirigé par le colonel Hadj Zoubir, et relayées par des journalistes complaisants). Le temps nécessaire pour anéantir les vrais maquis islamistes, et pour éliminer dès fin 1994, dans de  pseudo "luttes fratricides entre groupes islamistes" leurs chefs, les Mohamed Saïd, Abderazak Redjem, Saïd Makhloufi, Mouloud Hattab (Frère aîné de Hassan Hattab, qui habitait la commune de Bordj El Kiffan), et les officiers de l'ANP "gênants" pour les généraux.

Au passage, cette "activité" permettait aux hommes de main de la mafia des généraux d'amasser en toute impunité des fortunes colossales grâce au racket, à l'impôt "révolutionnaire", aux faux barrages et à différents trafics (Or, drogues, pénuries organisées, devises, voitures…).

Fin 1994, un jeune lieutenant du DRS qui fut affecté à Bonn sous mes ordres me raconta qu'il ne comprenait pas pourquoi "l'émir national du GIA", qui était pourtant recherché sur l'ensemble du territoire, pouvait se promener librement à l'intérieur de l'enceinte militaire de Delly-Brahim, qui servait de siège du DRS.

Il me confirmait l'information recueillie quelques semaines plus tôt lorsque j'avais visité mes anciens collègues.
Si  Zitouni avait été vu pendant une bonne partie de l'été 1994 dans les locaux du DRS, cela voulait signifier que la plupart des officiers du DRS n'ignoraient pas que le GIA activait pour le compte du pouvoir, et n'ignoraient pas qui commanditait les crimes contre la population civile !

Djamel Zitouni est devenu célèbre et a acquis la notoriété grâce à des exploits retentissants, qui contrastaient avec son niveau d'instruction ; La presse (Via le service information du DRS) a énormément contribué à rehausser son statut "d'émir national".

Le 03 aout 1994 Le GIA de Djamel Zitouni signe l'assassinat de la cité Ain Allah de Dely Brahim. Le bilan est lourd: trois gendarmes et deux employés de l'ambassade de France tombent sous les balles des terroristes.

Malgré les barrages de la gendarmerie qui contrôlent les carrefours, les auteurs parviennent à s'échapper. La caserne du DRS est à une centaine de mètres du lieu du drame !

Les autres exploits spectaculaires de Djamel Zitouni sont nombreux ; entre le détournement de l'airbus d'Air France le 24 décembre 1994 et l'enlèvement puis l'exécution des sept moines de Tibéhirine en 1996 (Voir détail sur cette affaire plus loin) plusieurs milliers d'Algériens sont horriblement massacrés, en majorité des civils ou des islamistes partisans de l'AIS (Armée islamique du Salut) ou appartenant à des organisations rivales.

Autre curiosité: Le GIA redoublera d'intensité à partir du moment où le Président Liamine Zeroual et son conseiller aux affaires de sécurité (le général Mohamed Betchine) avaient entamé des pourparlers avec les dirigeants du FIS en détention Abbassi Madani et Ali Benhadj.  Le GIA se manifestait clairement contre la réconciliation, exactement comme les généraux éradicateurs hostiles à tout dialogue avec les islamistes.

Durant la période de son "émirat" des communiqués du GIA, signé de Djamel Zitouni, s'attaquaient même à Abbassi Madani et Ali Benhadj !

 

"Djamel Zitouni, c'est notre homme !"

J'ai eu plus tard confirmation de cette appartenance de Zitouni au DRS par un autre témoignage décisif, celui du capitaine Ahmed Chouchane, dont j'ai raconté plus haut (voir supra, chapitre 5), comment il avait été arrêté en mars 1992, puis condamné à trois ans de prison. J'ai rencontré Chouchane en Europe (où il était exilé depuis 1998) en 2001, et il m'a fait le récit étonnant de ce qui lui est arrivé à la fin de son incarcération.

Après plusieurs transferts dans les prisons militaires de Béchar, Berrouaghia, El-Harrach (Où il reçut souvent des émissaires des généraux Nezzar et Toufik), le capitaine Chouchane a été libéré le 1er avril 1995. À sa sortie de la prison d'El-Harrach, il fut enlevé par les éléments du colonel Athman Tartag dit "Bachir", qui dépendait de la DCSA que commandait le général Kamel Abderrahmane.

Heureusement que Chouchane eut la présence d'esprit d'alerter son avocat, Me Rachid Mesli, à qui il doit la vie sauve: celui-ci a en effet entrepris immédiatement des démarches pour qu'il recouvre sa liberté en alertant le président Liamine Zéroual et les organisations internationales de défense des droits de l'homme. Sinon, il est certain que les journaux auraient fait leur une pour annoncer: "Un officier victime d'un attentat terroriste" ; ou encore: "Un capitaine assassiné par le GIA".

N'empêche que le capitaine Chouchane subit de nouveaux interrogatoires. Et à trois reprises, les 5, 9 et 14 avril 1995, le colonel Bachir d'abord, puis le général Kamel Abderrahmane ensuite, lui proposèrent explicitement de rejoindre les maquis islamistes et d'être l'adjoint de Djamel Zitouni à la tête du GIA. Chouchane s'en expliquera plus tard publiquement, à l'occasion de son témoignage lors du procès en diffamation intenté à Paris en juillet 2002 par le général Nezzar contre l'ex-lieutenant Habib Souaïdia, puis dans un texte publié un mois plus tard sur le site du MAOL ; Après la première rencontre, ils m'ont proposé de participer à un projet d'assassinat des chefs du FIS en clandestinité qui ont pris les armes et ils m'ont cité à ce titre: Mohammed Saïd, Abderazak Redjem et Saïd Makhloufi. Je me suis étonné après la citation des cibles en leur disant que ces personnes sont des politiques et ont été forcées de prendre les armes ; et il est possible de trouver, avec eux, des solutions qui préserveront les droits de tous les Algériens et éviteront de faire couler plus de sang. J'ai aussi dit: "Si vous m'aviez parlé de l'assassinat de Djamel Zitouni, qui a reconnu sa responsabilité dans le massacre des femmes et des enfants, ma mission aurait été plus compréhensible" !

C'est alors, raconte Chouchane, que le colonel Bachir Tartag lui répliqua: "Laisse Zitouni tranquille, c'est notre homme ; c'est avec lui que tu vas travailler". Lors de son dernier entretien, le général Kamel Abderrahmane expliqua au capitaine Chouchane qu'en contrepartie, il recevrait le grade de colonel et qu'il n'aurait aucun souci à se faire pour sa famille. En effet, comme le général du DCSA se méfiait de la loyauté de Chouchane et pour que ce dernier accomplisse parfaitement sa "mission", l'idée de garder sa famille en otage avait été évoquée auparavant.

Le général Kamel Abderrahmane, précisa au capitaine Chouchane qu'il comptait ultérieurement éliminer Djamel Zitouni pour lui confier à lui la direction du GIA, cela en raison de son rang d'ex-officier de l'ANP, de ses convictions religieuses et du respect dont il jouissait au sein de la mouvance islamique, d'autant plus qu'il avait à présent un solide alibi, celui d'avoir était emprisonné pour ses opinions politico-religieuses. Le général Kamel Abderrahmane a même indiqué capitaine Chouchane que cette proposition était son unique chance de salut, car d'autres "cercles " des services cherchaient à le liquider, et qu'en cas de refus, son sort était déjà scellé. "Marche ou crève", telle est la devise (trois ans plus tôt, le même chantage avait été fait par Smaïn Lamari au sous-lieutenant Lembarek Boumaarafi, l'assassin du président Boudiaf).

Le capitaine Chouchane fit semblant d'accepter en demandant un délai d'un mois puisqu'il était séparé de sa famille depuis trois ans. En réalité, il cherchait à gagner du temps pour mettre sa famille à l'abri et pour trouver le moyen d'échapper à ce cauchemar. Le délai écoulé, la famille confiée à son oncle et un plan de fuite en tête, il retourna à Alger afin de ne pas éveiller les soupçons.

Le général Kamel Abderrahmane, lui organisa alors un rendez-vous avec un émissaire de Djamel Zitouni en lui laissant la ligne directe du général Toufik, qu'il ne devait appeler qu'en cas d'absolue nécessité. Le rendez-vous fut fixé le 11 juin 1995 à 13 heures, dans un hôtel situé au boulevard Mohamed V, non loin de la place Maurice Audin à Alger. La chambre de Chouchane se trouvait au sixième étage et l'émissaire devait, selon un code préétabli, cogner à deux reprises quatre petits coups sur la porte.

Vers midi, Chouchane se présenta à l'hôtel, prit sa clé et monta dans sa chambre. Il téléphona, comme convenu, au général Kamel Abderrahmane pour lui dire qu'il attendait son visiteur ; puis la peur l'envahit et il se dissimula à l'étage supérieur pour parer à toute éventualité. Partagé entre la peur et le dégoût, il vit un homme corpulent, habillé d'une kachabia malgré la chaleur torride, grimper jusqu'au sixième étage et frapper à la porte selon le signal convenu. Après quelques minutes qui parurent interminables pour Chouchane, l'homme essaya de forcer la poignée, puis, constatant l'absence de son contact, redescendit silencieusement.

Dix minutes plus tard, Chouchane téléphona au général Kamel Abderrahmane pour lui annoncer que personne n'était venu au rendez-vous fixé et qu'il ne pouvait pas attendre indéfiniment. La réponse du général fut: "Ne bouge pas, je vais t'envoyer quelqu'un d'autre." Après avoir raccroché le combiné, le capitaine Chouchane fila à l'aéroport de Dar El Beïda pour prendre un vol vers Ghardaïa et aller ensuite par route chez lui, à Laghouat. Arrêté par un barrage de la gendarmerie entre Ghardaïa et Laghouat (il faisait partie des personnes recherchées et dont la liste avait été diffusée à tous les services de sécurité), il osa téléphoner au général Toufik, qui ne se doutant pas des intentions de Chouchane, donna l'ordre au commandement de la gendarmerie de le remettre en liberté. Et c'est à bord d'un taxi payé par le commandant du groupement qu'il rejoignit son domicile. Peu de temps après, il quittait le pays par le sud, en traversant le Sahara dans des conditions infernales, avant de rejoindre l'Angleterre où il devait demander l'asile politique. Sa traversée du désert prenait fin.

 

Le DRS se débarrasse de Zitouni

Djamel Zitouni, lui, allait encore sévir quelques mois. L'un de ses plus sinistres "faits d'armes" marquera aussi sa fin. Le 26 mars 1996, sept moines trappistes du monastère de Tibéhirine étaient enlevés ; ils seront assassinés deux mois plus tard, et le GIA de Zitouni revendiquera ce nouveau crime (je reviendrai en détail, dans le chapitre 10, sur les circonstances de ce drame).

Mais quelques semaines après l'exécution des moines, un événement extraordinaire s'est produit: Djamel Zitouni était devenu gênant pour ses maîtres, il fallait à tout prix le liquider.

Le 15 juillet 1996, un communiqué présenté comme émanant du Madjless Echoura (Conseil consultatif) du GIA, reproduit par l'AFP, annonçait la mise à l'écart de Djamel Zitouni, alias Abou Abderrahmane Amine de la direction de l'organisation terroriste et se démarquait de "tout ce qui pourrait émaner de Zitouni, lequel est remplacé temporairement au titre d'émir du GIA par Hassan Abou Walid jusqu'à ce qu'une réunion de tous les chefs de zones du GIA ait procédé à son remplacement définitif". Le communiqué du GIA ajoutait que "le Madjless Echoura a également évincé de ses rangs Abou Raihana, alias Farid Achi, et Antar, alias Zouabri. Il a enfin dégagé la responsabilité du GIA de tout ce qui pourrait émaner des groupes islamistes armés dissidents, dont celui de Kertali ; émir de Larbâa et le Front islamique du djihad armé (FIDA), spécialisé dans les assassinats d'intellectuels, d'artistes et de politiciens ; et dont le chef, Mohammed Brahimi, a été abattu par les forces de sécurité en mai 1996".*(Mustapha Kertali qui fut émir de l'AIS  a été  retourné par le CTRI de Blida ; il avait engagé ses hommes dans la "guerre" contre le GIA et a participé aux fameuses négociations (certains parlent de reddition) ANP-AIS  et a bénéficié du statut de "repenti" accordé par la loi spéciale du 01 octobre 1997 aux islamistes qui ont baissé les armes).

Le 16 juillet, au lendemain de ce communiqué, on apprenait par voie de presse que l'émir national du GIA "limogé la veille" était tombé avec deux de ses acolytes dans une embuscade tendue par les forces de sécurité.

Le 18 juillet, les dirigeants du GIA, ceux-là mêmes qui l'avaient pourtant exclu quelques jours auparavant, faisaient allégeance à Antar Zouabri, alias Abou Talha, en tant qu'émir national pour succéder à Djamel Zitouni.

 

Cette grossière mise en scène ne résiste pas à l'analyse

N'est-il pas curieux que 24 heures après son éviction du GIA, Djamel Zitouni soit abattu ? Sur la foi de quel critère Antar Zouabri (lui aussi agent retourné par le DRS), exclu le 15 juillet, se trouve réhabilité trois jours plus tard ? Que devient l'éphémère "émir temporaire" Hassan Abou Walid ? Pourquoi dans son communiqué du 15 juillet pourtant émis par le Madjless Echoura, y a-t-il une déformation lorsqu'il est question de l'exclusion d'Antar alias Zouabri ? Le rédacteur dudit communiqué a-t-il confondu le nom et l'alias ? Quelle explication donner à la décision éclair prise par les chefs de zones du GIA pour nommer un successeur à Djamel Zitouni, sachant les divergences qui existent et le fait que les islamistes ont toujours eu des difficultés pour parvenir à  un consensus (se référer aux réunions marathons de janvier à avril 1992 pour le choix de l'option armée dans la lutte contre le régime des généraux) ? *(A la suite de l'interruption du processus électoral  plusieurs partisans de l'état islamique ont "légitimement" convenu de prendre les armes et défendre leur cause, s'estimant spoliés de leur victoire. Toutes les rencontres entre les chefs de guerre de la mouvance islamique (Abdelkader Chebouti, Mansouri Meliani, Yakhlef Cherati, Said Makhloufi,… n'ont pu aboutir à un commandement unifié).

Pourquoi le communiqué du GIA évoque-t-il ses distances vis-à-vis des "dissidents", l'émir Kertali de Larbaa et le FIDA "spécialisé dans les assassinats d'intellectuels, d'artistes et de politiciens" ? d'autant plus que Mustapha Kertali faisait partie de l'AIS et non du GIA. Comment expliquer une telle confusion ? Le GIA qui avait revendiqué les assassinats d'intellectuels, d'artistes et de politiciens se renie-t-il ou est-ce les manipulateurs qui "s'embrouillent les pinceaux" ?

Ce ne seront pas les "révélations" télévisées sur l'unique chaine algérienne d'un "repenti" et de surcroit agent du DRS, ni son "communiqué" qui vont nous éclairer: le 22 juillet 1996 l'émir Kertali  a en effet déclaré que "la défiance du GIA envers Djamel Zitouni aurait commencé avec les meurtres revendiqués de Mohamed Saïd et Abderazak Redjem, et que l'assassinat en mai 1996 des sept moines trappistes aurait scellé son sort, puisque lâché par les soutiens extérieurs".

Ainsi, c'est vingt-quatre heures après son éviction du GIA que Djamel Zitouni aurai été abattu par les forces de sécurité ! Il est tout de même extraordinaire que juste après la rédaction d'un communiqué confus et rédigé dans la précipitation, Antar Zouabri ait été désigné pour agir dans la même voie que son prédécesseur, qui venait paradoxalement d'être exclu à cause de ses méthodes barbares visant indistinctement population civile, étrangers et représentants des corps de sécurité.

De plus l'empreinte des services du DRS est visible lorsqu'un "repenti" affirme que "l'assassinat des sept moines trappistes aurait scellé son sort, puisque lâché par les soutiens extérieurs".Décrypté, cela signifie que les islamistes bénéficiaient du soutien de la communauté religieuse internationale et que par cet acte immonde le chef du GIA perdait ses derniers appuis. Alors une question: quels étaient les soutiens extérieurs du GIA ? Et même après cet acte horrible, qui allait apporter son soutien à un groupe sanguinaire qui s'attaquait presqu'exclusivement à l'AIS (Armée islamique du salut) et à la population civile qui a voté en majorité pour le FIS ?

La portée de ce "message" dont la connotation ne peut que provenir des services du général Smaïn Lamari était destinée à masquer les "dérapages" du GIA en France quelques mois plus tôt. *(Une fois les objectifs en France atteints: arrestations, mise en résidence surveillée et contrôle  des islamistes, sensibilisation de l'opinion et de la classe politique française, il fallait éliminer un témoin gênant, surtout que les enquêtes menées en France sur les attentats de l'été 1995 risquaient de démasquer le rôle de Djamel Zitouni et de conduire aux véritables commanditaires. Une fois mort, toutes les traces s'effacent et tous les attentats sont imputés au seul Djamel Zitouni).