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Témoignage
Du
Commandant
Abdelkader
Zitouni
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Les
héros de Novembre.
Beaucoup
d'Algériens n'ont toujours pas assimilé ce qui leur arrivent,
ils ne comprennent pas non plus les raisons de cette tragédie qui
les a plongés dans un chagrin indescriptible. Il faut dire à
juste titre qu'ils n'ont pas eu le recul nécessaire et le temps
de penser à la question puisqu'ils se sont et pendant longtemps,
enfouis pour échapper à la terreur qui a anéanti
des milliers de vies humaines. Comment expliquer le plus simplement du
monde sans s'éloigner et sans prendre trop de temps en quelques
mots les raisons d'une guerre qui n'en finie pas ? Il est vrai que c'est
presque un challenge que de résumer des années d'une gouvernance
barbare en quelques lignes.
Mais avant de citer les raisons d'une catastrophe, je voudrais expliquer
au lecteur comment L'Armée Nationale populaire a été
à la fin des années quatre vingt remodelée, altérée
pour la transformer de fer de lance pour la défense de l'Algérie
et son peuple vers un fer de torture pour le contrôle des richesses
de l'Algérie et le musellement de son peuple.
En ce qui
me concerne, je dois dire que je suis issu d'un milieu modeste, une famille
comme il en existe beaucoup en Algérie, une famille qui a toujours
fait des sacrifices dans la vie, une famille qui a des principes et qui
a choisi de vivre dignement. Le sens de l'honneur et du devoir, c'est
dans le berceau familial qu'on les acquière.
Mon engagement au sein de l'Armée n'a jamais été
une réaction impulsive animée par le sentiment de vengeance
suite à une injustice. Je n'ai jamais eu à l'esprit la moindre
pensée, de garantir par mon engagement une quelconque réussite
matérielle. Un seul et unique objectif me remplissait le cur
de joie et d'optimisme: appartenir à l'ANP pour servir, défendre
et protéger mon pays. Eh oui, bien que cela puisse paraître
si naïf et démodé, ce sont bien les seuls motifs qui
m'ont poussé à m'engager. Je ne sais pas comment expliquer
cette détermination de donner de sa personne pour son pays, sauf
qu'étant enfant, voir les films de la guerre de libération
en noir et blanc sur notre vieux téléviseur me remplissait
d'un sentiment étrange, un mélange de fierté et de
volonté de sacrifice, je voulais ressembler aux héros qui
ont bâti la légende, je voulais me sacrifier pour cette terre
pour faire partie de ces hommes qui hantaient mon esprit, ces hommes qui
ont donné à l'honneur tout son sens. Pour ces raisons je
me suis engagé et pour ces raisons je me suis juré de donner
ce que j'avais de plus cher pour les défendre : Ma vie, et pour
ces raisons aussi je me suis soulevé avec mes frères au
MAOL contre ceux qui ont souillé la mémoire des martyrs.
Je dois dire
avec franchise que tout ce que j'ai appris pendant les premières
années de vie au sein de l'ANP était pour moi la concrétisation
d'un rêve formidable. Jeune officier, je m'appliquais dans mes missions
et je veillais scrupuleusement à l'exécution des ordres
de mes chefs hiérarchiques. Rien ne pouvait m'éloigner de
mon devoir même l'établissement d'une famille car je considérais
que la priorité était de construire le pays et d'édifier
un Etat à la mesure des espérances de tous les martyrs qui
ont donné leurs vies pour que je puisse faire parti de l'Armée
Nationale Populaire. Je dois avouer qu'écrire ces lignes est beaucoup
plus difficile que je ne pensais car j'ai de la peine, beaucoup de peine
à évoquer tout cela et me remémorer un rêve
qui a tourné au cauchemar.
Au fil du
temps, surtout au début des années quatre vingt, les choses
ont commencé à changer et des pratiques nouvelles sont apparues,
les petits passe-droits, les petites affaires tels les lots de terrains,
les logements, les véhicules, autant de biens matériels
qui faisaient tourner la tête à certains de nos chefs de
l'époque. J'ai essayé de leur trouver des excuses au fond
de moi, mais une nouvelle réalité se dessinait devant mes
yeux et cela a été véritablement le commencement
de la décadence car à ces petits privilèges beaucoup
d'appétits se sont aiguisés et la réussite matérielle
devenait une priorité chez nombre de nos chefs. A cette époque
ça me faisait mal d'entendre les citoyens algériens dire
des militaires qu'ils s'engageaient pour " Honda et Blonda ",
mais j'ai compris par la suite que cette politique de compromission généralisée
des cadres de l'ANP émanait comme on dit " d'en haut "
puisque cela leur permettait de contrôler l'Armée, de la
façonner et la remodeler à leur guise. Je ne peux dire combien
d'officiers et de sous-officiers honnêtes ont fait les frais d'une
liquidation systématique dès qu'il s'agissait de protéger
une nouvelle caste de militaires qui ont investi l'ANP, comme des criquets,
avec pour seule ambition le confort personnel.
A la fin
des années quatre vingt et avec les évènements d'octobre
je savais que nous allions vers la catastrophe et c'était l'avis
de tous ceux qui faisaient leurs devoirs avec assiduité. Tout avait
changé depuis mon engagement et rien de ce que je voyais autour
de moi ne pouvait être comparé à ce que j'aspirais
par une carrière dans l'armée. Nous avons glissé
petit à petit dans le gouffre et aux petits trafics qui pouvaient
passer inaperçus se sont succédés les grands détournements
et les grosses combines qui mettaient en danger et la sécurité
du pays et son avenir. En un mot je ne reconnaissais plus l'ANP, des commandants
d'unités s'en sont même pris à la solde des HDT (hommes
de troupes) et des appelés, et même leurs rations alimentaires
étaient détournées par les responsables, ce qui faisait
que nos djounouds et même les officiers étaient obligés
chaque soir de se nourrir de lait et de pain. Je ne cite que ce petit
exemple simple sans pour autant relater ce qui est encore plus grave,
l'armement au sein du CFT. Le matériel acheté par le commandement
(surtout au début des années quatre vingt dix) était
visiblement inadéquat vu sa vétusté, à peine
repeint par la mafia des pays de l'Est, il n'était bon que pour
une chose : figurer sur les bilans du commandement pour justifiés
des dépenses faramineuses de plusieurs dizaines de millions de
dollars.
Bon nombre
d'officiers intègres qui ont manifesté leur inquiétude
auprès du chef de l'Etat major se sont vus écarter et même
arrêtés par les services de la DCSA. Il était claire
que tout avait changé, tout était différent et les
hommes qui voulaient servir avec foi n'avaient plus leur place parmi une
nouvelle espèce de chefs qui se comportaient comme des requins
et bien pire car ils ne se sont entourés que de gens comme eux
sur lesquels ils pouvaient compter et en définitif tous ceux qui
avaient de mauvaises réputations se sont retrouvés à
la tête des postes stratégiques commandant des hommes intègres
à qui ils menaient la vie dure en les affectant surtout vers les
premières lignes du front de la lutte contre le terrorisme. Les
militaires intègres se sont en fin de compte retrouvés pris
entre deux feux, et même s'ils arrivaient à échapper
à la mort lors d'opérations suicides décidés
par le commandement, ils étaient toujours réaffecté
aux même missions ce qui faisait qu'ils étaient condamnés
à disparaître quelques soient les données.
La lutte
contre le terrorisme qui s'en ai suivi à été en ce
qui me concerne, une vraie guerre contre un peuple affamé et appauvri.
Les méthodes et les stratégies adoptées par Khaled
Nezzar, Mohamed Lamari, Mohamed Touati, Fodhil Chérif, et les autres
étaient des méthodes colonialistes barbares, des méthodes
intégristes ; oui intégristes car éradicatrices.
J'ai tout connu après cela, l'horreur, la déception la révolte
; tout cela je le vivais et au fond de moi je voulais punir très
sévèrement les responsables de ce drame : ceux qui avaient
gâché le rêve.
Animé
par le même sentiment du premier jour de mon engagement, j'ai fais
le serment de tout donner pour sauver mon pays et j'ai pris la décision
de rejoindre ceux qui partageaient les mêmes objectifs et les mêmes
idéaux. Tout ce que je sais c'est que rien n'est perdu tant qu'il
y a des hommes dignes qui portent l'Algérie dans leurs curs.
Les assassins qui commandent l'Armée aujourd'hui ne sont pour moi
que de vulgaires mutins qui ont pris en otage tout un pays ; des êtres
indignes qui n'ont pas un passé honorable ; ils sont complexés
par la gloire de la guerre de libération qu'ils ont combattue dès
les premières heures de la révolution mais surtout après
l'indépendance. Rien ne sert de les insulter car tout compte fait,
ils ne méritent même pas qu'on les insulte, l'histoire et
le peuple n'oublieront jamais ceux qui ont trahi.
Aujourd'hui des fortunes colossales fleurissent ici et là, et l'on
comprend mieux à qui la crise a profité. En un mot, pour
que le peuple saisisse les raisons de cette tragédie, il suffit
de voir ce qui se passe sur la scène économique du pays,
les terres agricoles sont redistribuées, les usines les plus grandioses
rachetées au dinar symbolique, et même Sonatrach n'échappe
pas au sort réservé à tout ce qui peut représenter
une source de revenu. Tout a été savamment inventorié
et partagé entre ceux qui ont plongé l'Algérie dans
le deuil.
Je suis convaincu
que rien ne peut arrêter la détermination des hommes intègres,
des Rdjels ; les vrais, et rien ne peut non plus venir à bout de
la colère du peuple qui brûlera tout sur son chemin.
Avec mon
modeste témoignage je voudrais dire à mes compagnons au
sein de l'ANP et à tout le personnel militaire que le jour où
il faudra rendre des comptes est proche, et même si les généraux
coupables essayent vainement de faire pression sur nos familles ou sur
nos proches pour nous faire taire ou nous acheter, rien n'empêchera
l'Algérie qui a enfanté les héros de novembre de
donner d'autres vaillants pour qu'ils purifient l'Algérie de la
salissure à commencer par celle qui souille notre glorieuse institution
militaire.
Le Commandant
Abdelkader Zitouni
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Témoignage
Du
Colonel
Mohamed
Samraoui dit Lahbib
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CESSEZ
VOS MENSONGES GENERAL.
Décidément
le général Khaled Nezzar a du culot !
Après
l'humiliation parisienne subie le 05 juillet 2002 lors de son procès
face au sous-lieutenant Habib Souaïdia (déboire qu'il a
essayé de transformer en grande victoire), notre fameux général
" déserteur de l'armée française ", venu
sois-disant laver l'honneur de l'ANP ( lui qui n'a plus d'honneur depuis
1955 lorsqu'il s'était engagé dans les rangs de l'armée
coloniale pour combattre les Algériens épris de justice
et d'indépendance ) a raté, une nouvelle fois, une bonne
occasion de se taire !
Lui qui
est venu à Paris en grande pompe pour défendre l'honneur
de l'ANP, a été incapable de défendre son propre
honneur, lorsque Ali Kafi l'a publiquement traité de traître,
de fils de traître et d'assassin : Un bel exemple de courage et
de bravoure mon général !
Mais du courage général, vous n'en avez que devant ceux
qui sont " désarmés " face à votre propagande
mensongère.
Non content
d'être l'un des principaux responsables de la décennie
rouge (200.000 morts, 16.000 internés, 8.000 disparus, 500.000
exilés, 1.200.000 personnes déplacées, sans parler
de la situation économique et sociale lamentable
etc.),
le général se met à écrire et multiplier
les conférences de presse en vue de s'approprier l'histoire comme
il a confisqué le pays et ses richesses. Evidemment il ne donne
que sa version, celle d'un faussaire, celle d'un imposteur qui cherche
à masquer ses crimes et ceux de ses compères "DAF"
en se dissimulant derrière la fable du " sauvetage de la
république menacée par le péril intégriste
! "
Sa dernière
sortie médiatique du 22 septembre 2002, illustre de manière
éclatante la conception de la démocratie chez le général
Khaled Nezzar. Pour lui, seule l'opposition de "paille" est
tolérée en Algérie. Les vrais opposants qui défendent
l'Algérie, n'ont droit eux qu'à la prison ou aux cercueils
et dans le meilleur des cas à l'exil . Est-ce une raison suffisante
pour les diffamer et leur jeter l'opprobre ?
Les accuser de traîtres parce qu'ils ont eu le courage de dire
NON à votre dérive mafieuse ? Admirez le résultat
de votre sauvetage général! Vous pouvez en tirer une immense
fierté !
L'impunité dont vous jouissez en Algérie vous permet de
tenir des propos outrageants et outranciers à l'encontre des
chefs d'Etat et de gouvernement de l'Algérie indépendante,
confirmant ainsi le mépris que vous avez toujours eu pour la
classe politique et vos collègues généraux, que
vous avez qualifiés durant le procès respectivement de
" cheptel " et " d'analphabètes ".
Pourquoi
portez-vous des attaques virulentes contre Mouloud Hamrouche ? Est ce
parce qu'il est fils de chahid et que vous êtes fils de harki
ou bien parce que ses reformes ont mis à nu les circuits parasitaires
qui gangrénaient ( et rongent toujours aujourd'hui ) l'économie
du pays et qui profitaient aux " copains "?
Je ne suis l'avocat de personne, mais force est de constater que vous
n'attaquez que les gens honnêtes, ceux qui sont propres et intègres,
jamais les mafieux comme vous! Je vous met au défi de citer une
seule affaire de malversation ou de concussion impliquant Mouloud Hamrouche
ou Ghazi Hidouci ?
Vous avez
osé dire que je fus épargné par pitié pour
mes enfants
. Depuis quand la pitié fait-elle partie de
vos murs ? Vous qui n'hésitez pas à bombarder des
jeunes algériens avec du napalm, à massacrer des familles
entières, à dynamiter des chaumières et à
égorger des bébés, des femmes et des vieillards.
Quel crédit
donner à ce général dont le peuple algérien
a pu entrevoir avec répulsion le vrai visage lors du procès
intenté à un pauvre sous-lieutenant?
Dans la bouche de ce pâle général, comme dans celles
de ses avatars, de ses esclaves et sous la plume de ses nègres
, les mots n'ont plus de sens. Dans le système du mensonge, du
sang et du pillage, tout les repères sont inversés : Les
honnêtes gens sont des traîtres et les criminels sont des
héros... !
Donc, à mon avis, la juste réponse à ce général
doit d'abord relever du mépris : on ne dialogue pas avec un individu
aussi peu recommandable ! L'indécent spectacle que ce soudard
déguisé en général a donné lors du
procès parisien aurait mérité une expertise psychiatrique.
Général... . Encore un mot qui a perdu son sens en
Algérie.
Ailleurs grand titre de chefs militaires ; chez nous ce grade est celui
de l'infamie et de l'indignité; celui de la salissure et de l'opprobre,
celui gagné (pour certains) dans les " grandes batailles
" de Bentalha, Rais, Relizane, Beni Messous,
!
Au lieu de se murer dans le silence et faute de trouver le courage de
se suicider, (ce qu'un officier digne de ce nom aurait du entreprendre
tant l'atteinte à l'honneur est irréparable) ;Khaled Nezzar,
ce soi-disant général incapable d'énoncer trois
phrases cohérentes, s'exhibe en compagnie de sa cohorte de témoins
de troisième zone qui ont fini par couvrir de ridicule cette
organisation de rentiers et de criminels qui tient lieu de système.
Mais que connaît-il de l'honneur, ce mafieux affublé des
oripeaux du général qu'il ne sera jamais?
Un livre, encore un autre, écrit par une plume servile; mais
cette gesticulation littéraire est condamnée au même
sort que toutes les démarches mercenaires : le néant de
l'indifférence. Qui attache le moindre prix aux balivernes de
ces psychopathes? Paradoxalement, les insultes sont le seul compliment
que l'infamie peut produire.
Général Nezzar, si vous n'avez pas compris que le peuple
algérien vous vomit, je vous invite alors à marcher dans
les rues d'Alger sans escorte, ou alors à fonder un parti politique
afin de pouvoir apprécier à sa juste valeur la popularité
du " sauveur de l'Algérie " que vous croyez etre .
Le verdict des urnes sera sans appel et il est à parier que même
les plumitifs qui vous entourent se déroberont. Retenez bien
ce vieil adage pour les jours qui vous restent général
: " Tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute
".
Le Colonel
Mohamed Samraoui dit Lahbib
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Témoignage
Du
Commandant
Abdelhamid
Hasni
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Je
ne veux plus me taire.
La
complexité du conflit Algéro-Algérien tient pour
une grande partie à l'histoire même de l'Algérie.
Cette histoire que l'on a toujours évité d'écrire
pour ne pas soulever les tabous, pour ne pas compromettre nombre de
dirigeants toujours au pouvoir !
Le grand
paradoxe du drame de l'Algérie tient également à
cet occident qui a si bien toléré et fermé les
yeux devant l'interruption brutale des élections de 1992, mais
aussi et surtout devant toute la violence et la brutalité qui
s'en ai suivi.
Il tient aussi à nous, parce qu'il ne s'agit pas de se demander
si nous sommes manipulés ou pas, puisque la réponse est
malheureusement affirmative, mais il s'agit désormais de comprendre
comment sommes-nous mentalement influencés, contrôlés
et conditionnés par nos chefs?
L'Algérie
est-elle devenue orpheline ?
Est-elle devenue stérile ?
Est-ce
que ceux qui auraient pu se battre pour elle et la sauver, ont-ils choisi
le chemin de l'exil ou sont-ils trop occupés à survivre
tant bien que mal devant la cherté de la vie, multipliant les
emplois et les combines en tout genre pour garantir la nourriture et
les besoins de leurs familles ?
Comment avons-nous fini si bas ?
Est ce la faute aux hommes dignes qui ont baissé les bras ?
Est ce la faute des intellectuels de salon qui connaissent une aliénation
chronique et qui sont nourris d'un sentiment de rejet et de mépris
?
Est ce la faute aux enfants souffrant de malnutrition, déscolarisés
et envoyés par leurs parents pour mendier, pour vendre des cigarettes
ou des sachets dans les ruelles des marchés en quête de
quelques sous en plus.
Est ce
la faute de notre société devenue fataliste, une société
où domine l'absence d'espoir, où la colère et la
violence sont devenues le seul mode de communication ?
Est ce
la faute au pouvoir pernicieux, mené par des médiocres,
entourés de médiocres, n'engendrant que la médiocrité,
la haine et le mépris ?
Est ce
à cause du pétrole, cette richesse naturelle, ce don de
Dieu devenu une malédiction ?
Les réponses
à toutes ces questions nous les trouverons certainement en nous
même, pour vue que nous soyons assez courageux et assez honnête
pour nous confronter à nos actes.
Appauvris, asservis, et réduits à l'état de bêtes,
nous militaires de seconde classe formions véritablement le terrain
propice à la destruction de l'Algérie. Nous formions ce
creuset de chair à canon pas vraiment chère et disponible
d'où les généraux ont puisé et puisent toujours
la force de leur survie.
La vie
est-elle vraiment si chère pour qu'on accepte de devenir si peu
cher? Pour
persister dans un silence implacable à accepter d'être
guider par des bourreaux vers un abattoir certain ?
Une vie aussi indigne vaut-elle vraiment ce sacrifice, ce silence et
cette honte que nous porterons pour toujours?
Les événements
d'octobre 1988 ont été pour moi le déclic, dès
lors que j'ai vu des enfants froidement abattus, je commençais
à prendre conscience des enjeux et des réalités
autour de moi. Je découvrais le système sous un autre
aspect tout à fait inconnu.
Les événements
qui ont suivi, ceux de 1991 et 1992 m'ont confirmé et m'ont donné
la conviction que je m'engouffrais dans un engrenage et dans une tourmente
qui ne faisaient malheureusement que commencer. J'avais pitié
de moi-même et je me haïssais en même temps et malgré
moi je devenais l'otage de ce système pour qui nous officiers
sommes devenus la rançon de sa perpétuité.
Nous officiers
qui sommes sous le drapeau, nous nous sommes laissés faire, nous
nous sommes laissés entraîner, nous nous sommes laissés
impliquer dans une guerre dégoûtante, une guerre sans honneur
que nos chefs ont déclenché sous prétexte de défendre
ce même drapeau!
Nous sommes
devenus au fil des jours des marginaux dans notre société
et pis encore, je ne comprenais plus comment d'un état d'exhibition
durant les années 1980 nous sommes arrivés au stade où
aucun officier n'osait se rendre à son travail en tenue militaire
!
Je lisais la haine dans le regard de la société ; et même
mes amis proches, des amis d'enfance, ont pris leur distance et ont
décidé de m'éviter. Moi, j'étais toujours
le même, je n'avais pas construit de villa et je ne conduisais
pas un véhicule neuf. Bien au contraire, faisant partie de la
grande majorité qui constitue cette grande muette, j'arrivais
à peine à joindre les deux bouts à la fin de chaque
mois. Ces difficultés se sont répercutés au sein
même de ma propre famille. Je m'absentais très souvent,
je rentrais chez moi en permission pour une semaine au bout de plus
de deux mois d'astreint et finalement je n'arrivais plus à gérer
la situation.
Les disputes sont devenues fréquentes et je voyais mes enfants
se perdrent au milieu de tout cela. La peur, le mépris et la
méfiance et même la panique ont pris place dans ma vie
et je me posais la perpétuelle question : Pourquoi ? Nous nous
sommes engagés pour servir l'Algérie, construire une nation,
poursuivre le combat ; et nous nous sommes retrouvés pris dans
un engrenage infernal, immonde.
En tant
qu'officier, je n'étais plus convaincu de la légalité
de ma mission et au fond de moi je voulais bien souvent trouver du bon
sens dans ce que je faisais, du courage pour continuer. Mais à
mesure que le temps passait ma lassitude devenait plus grande et mon
désarroi plus envahissant par ce que je voyais jour après
jour, par ce que j'apprenais et par les mauvaises nouvelles qui faisaient
notre quotidien. L'odeur de la mort nous a submergé et à
l'annonce de la perte d'un ami ou d'un collègue le silence était
de mise et chacun de nous devenait blême !
Pourquoi avions-nous si mal sans oser l'admettre ?
Je n'arrêtais pas de m'interroger sur les raisons de ce mal invisible
mais poignant!
Est- ce la peur de mourir
, je me sentais déjà mort,
pas dans mon corps mais dans mon âme !
Est ce le grade
, il n'avait déjà aucune importance
!
Est-ce la crainte pour mes enfants
, ils avaient déjà
honte de révéler que leur père était militaire.
On portait
tous et malgré nous l'étiquette de voleurs et d'assassins
!
Ne sommes-nous
pas réellement ce bâton dans la main d'une bande avide
de sang ne pensant qu'à ses intérêts hypocrites
et malsains ?
Que seront devenus ces sanguinaires s'ils n'avaient pas trouvé
en nous ces âmes faibles, égoïstes et mesquines, qu'ils
ont manipulé à leur guise.
Ne sommes-nous pas aussi complices de notre tragédie ?
Oui, nous
le sommes par notre silence et notre résignation à survivre
dans l'attente de jours meilleurs tout en courant derrière les
besoins quotidiens. El gouffa, ce phénomène étrange,
magique qui dans toute la hiérarchie militaire et à tous
les échelons, prend des proportions différentes, des formes
différentes mais toujours dans l'exubérance.
El gouffa, cette obsession qui passionne à chaque niveau, elle
va de la simple forme que connaît tout un chacun à d'inestimables
présents.
El gouffa cette maladie vicieuse, dès qu'on s'y habitue, on ne
peut plus s'en libérer. El gouffa cette fonction qui prime sur
tous les grades.
Qui n'a
pas été séduit par cette fameuse gouffa ? Elle
ne nous coûtait absolument rien. El gouffa a créé
un état d'esprit nouveau, nos femmes ne distinguaient plus entre
le chef et le subordonné. Que pouvait répondre cet officier
à sa femme qui lui demandait s'il serait enfin promu adjudant,
faisant allusion à son voisin, qui d'après elle, ramenait
chaque soir chez lui "koul kheir".
El gouffa est devenue un critère de promotion au grade supérieur,
sinon comment expliquer, ce colonel, commandant une division blindée
(devenu général récemment) faire des colis à
son chef supérieur en l'occurrence le commandant des forces terrestres
et en désignant un officier pour cette mission ; c'était
selon la saison, une fois du miel d'abeilles, une autre fois de l'huile
d'olive, des amandes
etc.
El gouffa
on la voyait chaque jour sortir bien garni des casernes vers des destinations
diverses et variées, le soir dans les même casernes, la
troupe (les soldats) rentrait de sa permission de spectacle (pour quelques
heures) munie de toutes sortes de sachets pleins de nourriture. Quel
est l'officier qui devant ce spectacle aussi désolant aussi déshonorant,
ne baissait pas les yeux, n'osant même pas regarder en face une
vérité aussi crue.
Cette troupe qui ne mangeait pas à sa faim, est contrainte à
aller s'approvisionner à l'extérieur et à ses frais.
Lequel parmi nous n'est pas conscient que l'on a toujours mangé
et fait manger ( d'une manière ou d'une autre) à nos enfants
du " haram "! On continue toujours à le faire et malheureusement
on est devenu esclave de cette maudite gouffa.
Quel est l'officier qui a eu le courage de dire non, basta ! Et advient
que pourra. Non, on a préféré pour la majorité
jouer le jeu et par notre bassesse on s'est encore une fois laissé
faire, alors qu'au somment du commandement c'est toute l'Algérie
qui est mise sur la table et devisée, une proie de toutes les
convoitises.
Pour quoi
continuer de se taire alors ? Est ce de peur de se retrouver éloigné
de ses enfants, mais que pouvait-on encore perdre, on avait déjà
tout perdu, même nos âmes que l'on a vendu au diable.
Je me demandais s'il restait en nous un brin de fierté, oserions
nous nous regarder droit, en face, devant un miroir et se dire que nous
sommes des hommes ; rentrer le soir chez soi jouer le " macho ",
quelle honte!
Je ne peux
dire que j'ai fait ce que je devais faire mais je reconnais que je suis
soulagé de pouvoir crier et dire que malgré tout j'ai
fini par dire non
Je refuse de faire partie de ceux qui coupent
les arbres de la forêt pour en faire des cercueils
je refuse
d'obéire a des généraux qui dépouillent
les cadavres et battissent les fortunes
Je refuse de me taire car
comme dit notre proverbe : " Ma yenfaa ghire assah " et pour
moi assah c'est el bled.
Puissent nos enfants nous pardonner ce que nous avons fait de l'Algérie.
Puissent les mères de l'Algérie nous pardonner notre silence,
notre égoïsme, nos indifférences, nos complicités
et nos compromissions accablantes.
L'histoire
ne pardonne jamais !
Le Commandant
Abdelhamid Hasni
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Témoignage
Du
Lt-Colonel
Redouane
Elgasmi
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Pour
l'honneur de l'Algérie et la gloire de son nom.
Je ne sais
pas comment un tel jour est arrivé ; ce jour où il fallait
que je prenne la décision de dire : '' non ! '' Je n'ai jamais
pu imaginer, un seul instant depuis la date de mon engagement au sein
des rangs de l'Armée Nationale Populaire, que le moment viendrait
où je serai aussi malheureux et révolté par tout
ce que j'ai vu au siége du MDN durant cette décennie.
Moi qui n'ai jamais discuté un ordre (ceux qui me connaissent
depuis longtemps peuvent témoigner des mes états de service),
je suis arrivé au stade où je ne pouvais plus suivre les
instructions que je recevais ni les notes de services qui me parvenaient,
tellement elles étaient contraires avec ma déontologie
de militaire vu que mon engagement au sein de l'ANP a toujours eu un
seul et unique but : servir l'Algérie de toute mon âme.
Je découvre
qu'il est difficile d'interpréter mon chagrin et ma déception
tant il est pénible de trouver les mots qui puissent traduire
fidèlement le sentiment de rage et le bouleversement provoqué
par le déchirement intérieur des années passées
à cautionner ce qu'il conviendrait d'appeler justement une mafia
institutionnalisée.
Je me suis
rendu compte au fil des jours que je devenais étranger dans un
milieu qui n'avait rien à voir avec l'institution vertueuse que
j'ai connu, il y a fort longtemps.
Au fond de moi, les incompréhensions se sont entassées
et ont amené le doute, et le doute a généré
les interrogations, un enfer qui n'en finissait pas. Comme beaucoup
d'autres officiers qui ont été dans mon cas et qui ne
pouvaient rester sourds à leurs consciences, je me devais de
faire quelque chose pour mettre fin à la controverse qui me rongeait
et chasser la malédiction infernale qui s'abat sur mon pays !
Je voulais en fin de compte surtout comprendre qui sommes-nous, la nature
de notre mission en tant qu'officiers d'élite et où allait
l'Algérie ? Il est vrai que nous avions depuis bien longtemps
appris à obéir les yeux fermés, mais au fond de
moi après des années de loyaux services tout sonnait faux
; rien de ce que je faisais ne pouvait en aucune façon que se
soit servir mon pays ou rendre son peuple plus heureux, la preuve est
le résultat au jour d'aujourd'hui, une réalité
dure qui est une complète négation de ce qui a fait la
gloire de notre révolution!
Je ne sais
pas comment je pourrais rendre compte à mon peuple, je ne sais
pas comment je pourrais expliquer ce qui est arrivé. Je ne trouve
pas d'excuses, ni d'arguments pour convaincre ceux qui m'entourent que
ce que nous avons entrepris n'avait qu'un objectif : la sauvegarde de
l'Etat ! J'ai souvent vu des officiers fuir leurs responsabilités
en les diluant dans le tas général de la basse besogne
; j'ai vu les gens changer pour devenir en fin de compte des loques
humaines, des machines à tuer, des engins de la mort pour qui
la parole du commandement est plus sacrée que la loi divine ;
J'ai vu des principes bafoués, une Algérie changée,
une armée trahie par ses chefs, mais par-dessus tout une Algérie
meurtrie et un peuple pris en otage !
Ce qui est sûr, c'est que je ne pourrais jamais adopter l'attitude
lâche pour dire que c'est la faute aux autres, trop facile et
trop simpliste à la fois ! Je peux affirmer que sommes tous responsables,
nous sommes tous complices, nous sommes tous coupables! Nous avons tous
contribué, chacun selon son degré de responsabilité,
à la perte de l'Algérie.
Je crois
avec la certitude la plus tenace, que bien des vies auraient pu être
épargnées si le commandement avait fait preuve de sagesse
surtout durant les premiers moments critiques qui auraient fait toute
la différence. Mais en tant que militaires, si nous avons failli
à notre mission, c'est par ce que le commandement a failli, ce
commandement qui n'a jamais été à la hauteur. Oui
nous avons failli, contrairement a ce que tente de faire croire le chef
d'Etat major ; nous avons failli à rendre l'Algérie meilleure
; nous avons failli à rendre l'Algérie prospère
; nous avons failli à semer l'esprit de novembre dans les générations
qui vont bâtir l'ANP de demain.
Le courage
nécessaire qu'il m'a fallu pour témoigner de ce qui s'est
passé en Algérie, je l'ai puisé dans ce que j'ai
vécu durant mon service ; je l'ai appris dans les regards de
ceux qui ont souffert, de ceux qui ont payé chèrement
l'incompétence d'un commandement qui n'a qu'un seul objectif
: Rester au pouvoir et s'enrichir le plus possible.
Je voudrais
tellement savoir qui de nos chefs accepte d'endosser à lui tout
seul les conséquences de la catastrophe qui a détruit
le pays ? Qui va oser léguer une telle feuille de route pour
les générations futures ?
Je ne pouvais
pas tourner le dos comme beaucoup et dire que le pays ne compte pas
plus que ma personne ! Même avec le silence le plus lourd et le
plus tranchant beaucoup d'officiers veulent une Algérie meilleure
où il fait bon vivre et non mourir ; une Algérie où
la cupidité des hommes s'efface devant la justice et l'intérêt
général. Ces officiers sont très nombreux et condamnent
fermement ce qui se passe, mais comme beaucoup d'autres avant eux ont
perdu leurs vies en faisant la même chose, ces voix qui condamnent
restent muettes en attendant le jour " J " pour libérer
les cris qui s'enfouissent et les étouffent.
La lutte contre le terrorisme que nous avons mené n'a pas été
des plus propres et les méthodes engagées à ce
but étaient pires que ce que je pouvais imaginer. Quand j'ai
vu le certificat de réception des cinq milles barils de Napalm,
je suis resté sidéré ; rien que le mot : Napalm
sur le document avait soulevé tout un chapitre de l'histoire
qu'on m'a minutieusement appris!
Le comble c'est que je me suis rendu compte que nous avons créé
des menaces là où il n'y en a jamais eu. Des leurres et
des arguments nécessaires au commandement pour des besoins tactiques
que nous ignorions !
Après
avoir suivi la conférence de presse du chef d'Etat major Mohamed
Lamari le 02 juillet je me suis longuement demandé :
Pourquoi
les généraux veulent-ils à tout prix assimiler
systématiquement toutes les accusations qui sont portées
contre eux comme des attaques contre l'institution militaire ?
Pourquoi
se vouent-ils, avec une férocité extraordinaire, à
faire admettre que l'honneur de l'Algérie est intimement lié
aux leurs ?
Pourquoi
croient-ils qu'ils sont des êtres liturgiques qu'il faut adorer,
vénérer et auxquels il ne faut rien reprocher sous peine
de tomber dans la disgrâce et l'incrédulité.
Avec mon
expérience je peux dire, qu'à force d'impunités
cumulées, de crimes impunis et de libertés infinies, ces
généraux ont fini par croire qu'ils sont incontestablement
au-dessus de la loi, pis encore que nous-même officiers sont à
leurs ordres tels des chiens aux pieds de leurs maîtres !
Ce qui
est certain, c'est que le terrorisme " dont Lamari parle "
ne disparaîtra que lorsque les généraux responsables
de cette catastrophe seront bannis de l'ANP. Coupables à plus
d'un titre pour ce qui arrive en Algérie, il ne pourra y avoir
aucune solution, tant sur le plan politique que sécuritaire aussi
longtemps qu'ils resteront en fonction.
Il ne fait plus aucun doute au jour d'aujourd'hui que les masques sont
tombés et que toutes les stratégies démoniaques
mises sur pied par le " cabinet noir " n'ont eu qu'un seul
et unique objectif : Amasser les fortunes et construire les empires
sans rendre des comptes.
J'ai vu,
dès le début, comment la violence a été
instrumentalisée ( l'attentat de l'aéroport Houari Boumediene
étant un exemple flagrant), le GIA qui reçoit toujours
ses ordres des officiers du DRS qui l'ont créé, reste
une arme redoutable et un paravent infaillible pour la soumission et
la servilité du peuple algérien. Avec leur GIA, les bourreaux
prennent en otage toute une nation qu'ils déchirent à
chaque fois que des voix se lèvent pour réclamer la liberté
et dénoncer les abus.
Tous les
experts militaires ( même ceux que le commandement a chargé
de faire des études stratégiques sur-le-champ au début
des années 90) s'accordent à dire que: Quand on a à
faire à un nombre aussi élevé de terroristes (
27 000) on n'a plus à faire au terrorisme conventionnel mais
à une révolution armée en bonne et due forme !
En 1992 il y'avait à peine quelques centaines d'éléments
répertoriés dangereux par les services du DRS sur tout
le territoire national. Les 27 milles terroristes dont Mohamed Lamari
parle, ne sont pas tombés du ciel, ils ont été
expertement constitués et soigneusement entretenus par les cercles
occultes qui avaient besoin d'un alibi solide afin de mener à
bien leurs plans.
"
Le terrorisme est vaincu mais l'intégrisme est intact "
! Une déclaration de guerre en bonne et due forme contre le peuple
algérien. Mohamed Lamari qui ordonne toujours à ses égorgeurs
de lui rapporter les têtes de ses ennemis étale au grand
jour ses convictions et plaide sans aucun scrupule pour l'éradication
tout azimut.
Le peuple
algérien est un peuple intégriste, dans son éducation,
dans son travail, bref dans sa vie de tous les jours. C'est l'intégrisme
du peuple algérien qui a donné la révolution de
novembre, c'est l'intégrisme du peuple algérien qui a
fait des miracles, c'est l'intégrisme du peuple algérien
qui a permis à un ex. sous-officier de l'armée française
de devenir chef d'Etat major de l'ANP !
Que reste-t-il de l'Algérie des grandes valeurs de la révolution
de novembre ?
Que reste-t-il de l'Algérie des grands rêves qui ont disparu
avec les martyrs ?
Que reste-t-il de l'Algérie des valeurs qu'on nous a méticuleusement
inoculé ?
Que reste-t-il de l'Algérie ? Un peuple candidat à l'exil
; un peuple déshonoré, humilié, meurtri.
Aujourd'hui,
Mohamed Lamari souhaiterait un peuple sur mesure, il veut éliminer
toute la population algérienne et la remplacer avec une masse
à sa convenance et à sa guise. Benthalha, Raïs, Beni-Messous
ne sont tout compte fait que le commencement d'un génocide qui
n'a rien à envier à celui de Pol Pot !
L'utopie meurtrière de Lamari et de ses compères a mené
le pays vers le fossé, vers le chaos. Je n'ai plus aucun doute
que d'ici peu nous allons voir apparaître de nouveaux colons puisque
tout est à vendre, tout a été bradé ! Même
les terres agricoles ont été pillées, ce qui a
donné lieu à de nouveaux khemass, une Algérie d'un
autre âge où l'algérien est un étranger sur
sa terre.
Où vas cette Algérie ? Est-ce que les responsables sont
conscients du chaos qui y règne ?
Ma conviction
est que rien ne pourra changer tant que les racines du mal resteront
encrées dans les institutions de l'Etat. Ni Bouteflika, ni même
un autre président ne pourront apporter l'apaisement, car les
vrais détenteurs du pouvoir sont ailleurs !
Il appartient
aux hommes qui n'ont jamais viré et n'ont jamais oublié
leur raison d'être au sein de l'ANP de créer le changement
et ramener la paix à n'importe quel prix !
Le Lt-Colonel
Redouan Elgasmi
|
|
Témoignage
Du
Capitaine
Ahmed
Chouchane
|
L'ancien
ministre de la Défense n'aurait jamais dû se risquer en
portant plainte contre le sous-lieutenant Habib Souaïdia devant
un tribunal français, sachant que des milliers de victimes de
la tragédie sont exilés dans le monde. Ces expatriés
ont supporté en silence l'injustice et l'oppression du pouvoir
avec patience et l'atteinte à leur réputation et leur
honneur durant des années est tell qu'au point d'encourager les
gouvernements étrangers à leur tour à les chasser
et à les emprisonner injustement. L'ex. Ministre de la Défense
aurait dû, au moins, faire semblant et assumer les allégations
de Souaïdia et les considérer comme sa part du mal et son
lot de la catastrophe qui a frappé l'Algérie. Mais ceux
qui entourent et conseillent l'ex. Ministre ne sont pas ceux qui souffrent
de ce qui se passe en Algérie; aussi, ils ont pensé que
ce procès renforcerait leur pouvoir et leur ouvrira le domaine
de la pratique de l'assujettissement et de la Hogra en dehors des frontières
algériennes. Mais ce que ces irresponsables conseillés
ne veulent pas comprendre, c'est que ceux qui ont refusé de s'impliquer
dans les massacres et qui ont renoncé à leurs droits légitimes
et ont préféré l'exil à la confrontation
sanglante avec les fils de leur pays, ces hommes-là, ne sont
ni des incapables ni des lâches, mais ils sont plus forts dans
la confrontation et plus solides devant la vérité que
ceux impliqués dans les bains de sang. Aussi et sur cette seule
base, ont intervenu les témoins algériens en faveur de
Souaïdia. Durant ce procès les témoins de la défense
étaient tous unanimes malgré les différences dans
leur appartenance politique, leur profession, leur âge et leur
culture. Ils ont dit d'une seule voix : non à la falsification
de l'histoire et non à la politique du fait accompli.
Le
ministre de la défense est arrivé au tribunal accompagné
du Premier Ministre et entouré de quelques ministres et de semblants
de ministres ; chacun apportant avec lui, des copies de dossiers de
l'Etat algérien. Ce show officiel a transformé l'affaire
en un jugement de tout le système algérien. Les témoins
de Nezzar ont essayé de démontrer que la décision
du commandement d'arrêter le processus électoral et de
pousser le Président de la République à la démission
avec toutes ses conséquences, comme les arrestations arbitraires
et les sanctions collectives, étaient des procédures légales
et constitutionnelles. Ce sont là des propos que personne ne
peut croire à plus forte raison un tribunal fondé sur
la démocratie. Ceci a fait dire à un avocat s'adressant
au Premier Ministre : " Votre constitution permet-elle d'arrêter
les citoyens, de les torturer et de les emprisonner durant trois ans
puis les libérer sans jugement, ni vérification des raisons
de leur arrestation ? Vous n'avez pas honte de reconnaître tout
cela sans dire que tu regrettes les victimes et vous prétendez
que vous défendez la démocratie ? "
Quant
au ministre de la défense et en voulant se défendant,
il a terni la réputation de ses collègues et même
ex. Chefs (comme le general Mohamed Attailia), les généraux
algériens, en disant qu'ils sont des analphabètes et ne
comprennent rien du tout, bien que certains soient plus anciens que
lui dans l'armée et plus gradés, ce qui a fait dire à
l'un des avocats en s'adressant au tribunal : " regardez le niveau
des généraux qui ont décidé de l'avenir
de l'Algérie. "
Les
insultes de Nezzar ne se sont pas limitées aux généraux,
mais elles ont touché toute la classe politique algérienne
sans exception quand il les a qualifié de " cheptel ".
Ceux qui ont terni la réputation de l'Algérie dans ce
procès sont ceux qui ont accompagné Nezzar en voulant
se dérober de leur responsabilité au détriment
des institutions de l'Etat - de la Présidence à la classe
politique.
Quant aux interventions des témoins de la défense, elles
étaient axées sur la gravité des décisions
prises par le commandement militaire en janvier 1992 et les dérapages
qui ont suivi conduisant le pays à la situation tragique que
nous vivons aujourd'hui. Ils ont exigé de Nezzar de ne pas se
dérober de sa responsabilité en tant que premier responsable
militaire en présentant des exemples réels démontrant
que les décisions citées ci-dessus étaient prises
en toute connaissance de cause malgré les multiples appels et
les avertissements répétées de la part d'Algériens
sincères.
Je
me limite ici à la reproduction, en toute fidélité,
de mon intervention personnelle en tant que l'un des témoins
de la défense. J'ai demandé à parler en arabe mais
eu raison du faible niveau du traducteur, on m'a demandé de parler
en français et c'est ce que j'ai fait :
Je
me suis présenté succinctement et j'ai exposé,
selon les questions des avocats, les points suivants :
1
- les raisons de mon arrestation le 3 mars 1992 et ma correspondance
avec le ministre de la Défense
La
vraie raison de mon arrestation est la conviction du commandement que
ma présence menaçait leur projet de confrontation armée
contre la majorité du peuple, projet contre lequel je me suis
opposé publiquement et à haute voix. Mais la cause directe
est que beaucoup d'officiers et de sous-officiers étaient très
irrités par les décisions du commandement et de leurs
conséquences ; à savoir l'oppression de la majorité
du peuple au point où ces militaires ont voulu assassiner le
commandement militaire pour lever l'injustice. En effet, et en raison
de ma bonne réputation dans l'armée et de la confiance
dont je jouis parmi les officiers et les sous-officiers notamment au
sein des forces spéciales, des dizaines de militaires m'ont dévoilé
leurs intentions et ont demandé mon avis sur la question.
Bien que j'étais persuadé de la légitimité
de leurs intentions, je ne pensais pas que l'assassinat du commandement
réglerait le problème ; Alors, je les leurs ai conseillé
de ne pas y penser. Aussi, aucun militaire, parmi ceux que je connaissais,
n'a tenté quoi que se soit et personne n'a eu connaissance de
ce qui s'est passé qu'après notre arrestation le 3 mars
1992.
Malgré
que j'ai signé un procès-verbal d'interrogation m'imputant
de grave accusations parmi lesquelles : L'atteinte à la sécurité
de l'Etat, la constitution d'une armée secrète au sein
de l'Armée Nationale Populaire et la division du territoire national,
etc. j'ai écris de ma prison, au ministre de la Défense
Khaled Nezzar lui confirmant mon refus des décisions prises par
le commandement et relatives à la destitution du Président,
à l'arrêt du processus électoral et à l'implication
de l'armée nationale populaire dans la confrontation armée
contre le peuple.
J'ai présenté les arguments et les exemples qui montraient
que ces décisions conduiraient l'Algérie à une
réelle catastrophe et que personne ne pourrait maîtriser
les dérapages qui y découleraient et que l'armée
n'est pas qualifiée pour réaliser la folle ambition du
commandement. J'ai conseillé Khaled Nezzar de revoir ses décisions
et de coopérer avec les sages afin de trouver une solution à
la crise ; à la fin, je l'ai rendu totalement responsable des
conséquences de ses décisions, au présent et au
futur s'il ne révise pas ces décisions.
Aujourd'hui,
je ne suis pas là pour juger quiconque ou porter atteinte à
sa réputation, mais je suis là pour exiger de monsieur
le ministre de la défense de prendre ses responsabilités
avec le même courage avec lequel il a pris ses graves décisions
qui nous ont conduit à la situation tragique que nous vivons.
Je luis dis aussi, que votre prétention de sauver l'Algérie
de ce qui est pire ne vous dégage pas de votre responsabilité
de ce qui s'est passé. J'ai discuté le contenu de ma lettre,
un mois après son écriture, avec le général-major,
Gaïd Salah, commandant de la troisième région militaire,
et avec une délégation sous la présidence du chef
d'état-major, le général-major Guénaïzia,
à la prison militaire de Bechar tout en étant convaincu
que le commandant Ben Djerrou Dhib Djabbalah qui a pris la lettre, l'avait
remise à monsieur le ministre de la défense à l'époque
parce que ce dernier supervisait personnellement mon affaire et je ne
pense pas que monsieur le ministre démente cela (en effet, le
ministre n'avait fait aucun commentaire).
2 - Les événements de Bérrouaguia
Je
considère ce qui s'est passé dans la prison de Bérrouaguia
est un crime caractérisé contre l'humanité, exécuté
par un groupe des forces d'intervention spéciale de la gendarmerie.
Sous un feu nourri, ce groupe a pris d'assaut le bâtiment dans
lequel se sont réunis plus d'un millier de prisonnier et ont
tué 50 personnes dont les corps furent, soient brûlés,
soient mutilées et ils ont blessé, par balles pas moins
de 500 prisonniers. Sans l'intervention du procureur de la République
qui s'est mis entre les gendarmes et les prisonniers, la catastrophe
aurait été plus grande. Deux avocats m'ont rendu visite,
sur autorisation du cabinet de la Présidence et je l'ai informé
que ce sont les gendarmes qui ont commis ce massacre et non les prisonniers
comme l'a prétendu la télévision algérienne.
Les prisonniers furent battus avec des barres de fer durant deux mois.
Ceux qui ont exécuté cette opération sont des criminels
et personne n'a le droit de justifier ce qu'ils ont fait, sous quelque
appellation qu'elle se soit.
C'est
là, l'un des aspects des dérapages générés
par les décisions du commandement parce qu'elles ont ouvert largement
la porte devant les malhonnêtes et les criminels et ont bloqué
toutes les issus devant les honnêtes gens parmi le peuple. L'inconscience
du commandement en la matière ne le dégage pas de sa responsabilité
parce que bien que je n'étais un simple officier j'étais
conscient de la gravité de cette affaire.
Il
y a un second exemple de dérapages ; il s'agit des événements
de Guemmar. Au début, une vingtaine d'adolescents environ ont
commis un crime affreux sur un sergent de l'ANP et se sont emparés
des armes individuelles du dépôt du poste de garde frontalier
à Guemmar. Ces adolescents ont été induits en erreur
par un ancien caporal des forces parachutistes. Il est vrai que le crime
est affreux et mérite la plus grande sanction et je suis d'accord
avec le ministre de la défense sur cette question. Mais que le
ministre apparaît personnellement à la télévision
et déclare la guerre à toute la région et l'a mis
à la merci des groupes des forces spéciales qui humilient
des dizaines de milliers de citoyens, volent leurs biens et arrêtent
et torturent des centaines de personnes ; des dizaines furent jugés
injustement et d'autres innocents condamnés à mort à
tort ; En outre et après la récupération des armes
volées, 24 adolescents qui ne savent même pas manier les
armes, furent assassinés et les corps de certains d'entre eux
brûlés et mis dans des sacs de poubelles puis exposés
en public. Tout cela ne peut être qualifier que de crime contre
l'humanité. J'ai personnellement informé le chef d'état-major
de ce qui se passer. Que le ministre de la défense sache que
son intervention à la télévision et de cette manière
et sa supervision directe des opérations ne peut signifier qu'un
feu vert à tous les criminels dans les rangs de l'armée
!
3
- l'échec de mon kidnapping de la prison d'El Harrach et les
choix du chantage
Ceci
est un autre exemple des dérapages auxquels avaient conduit les
décisions du commandement. Après avoir purgé ma
peine d'emprisonnement décidé par le tribunal militaire
et le jour de ma sortie le premier avril 1995, un groupe d'officiers
de la sécurité de l'armée (DCSA) m'ont kidnappé
de l'intérieur de la prison et ce, après avoir terminé
toutes les procédures officielles de sortie ; et si vous consultez
le registre de sortie de la prison d'El Harrach, vous trouverez ma signature.
En réalité, je n'avais pas été libéré
mais j'étais kidnappé par les mêmes personnes qui
ont procédé à mon interrogatoire en 1992 et j'ai
subi le même traitement terroriste et m'ont affirmé que
je ne sortirai pas vivant (de la caserne du CPMI à Ben Akoun).
Puisque j'étais au courant de la nature criminel de certains
services de sécurité, j'ai préparé au préalable
un plan de réserve pour faire échec aux actions probables
parmi lesquelles mon kidnapping de l'intérieur de la prison.
Aussi je me suis mis d'accord avec deux avocats afin qu'ils dévoilent
l'opération au moment opportun et c'est ce qui s'est passé
exactement ; Ainsi les médias et les organisations des droits
de l'homme ont révélé l'affaire du kidnapping et
ont demandé l'intervention du Président algérien
Liamine Zeroual. Ainsi, Dieu m'a sauvé grâce à ce
plan sinon j'aurais été aujourd'hui, au compte des disparus
!
Après
l'échec du kidnapping, le commandement des services de sécurité
a adopté, avec moi, la méthode du chantage. Le général-major,
Kamel Abdelrahman lui-même, m'a dit que certains aux seins des
services de sécurité ont décidé mon élimination
et que je ne peux échapper à cette peine qu'en travaillant
sous son autorité personnelle ; et m'a promis une promotion instantanée
au grade de colonel et de mettre à ma disposition tout l'argent
que je veux. Mais ma réponse était claire : je lui ai
dit que j'étais prêt à coopérer avec lui
sans aucune contre-partie à condition de revoir leur politique
vis-à-vis du peuple sans exception et que l'intérêt
de l'Algérie prime sur toute autre chose.
Après
la première rencontre, ils m'ont proposé de participer
à un projet d'assassinat des chefs du FIS en clandestinité
qui ont pris les armes et ils m'ont cité à ce titre: Mohammed
Said, Abdelrazak Redjem et Saïd Makhloufi. Je me suis étonné
après la citation des cibles en leur disant que ces personnes
sont des politiques et ont été forcées de prendre
les armes ; et il est possible de trouver, avec eux, des solutions qui
préserveront les droits de tous les Algériens et éviteront
de faire couler plus de sang. J'ai aussi dis : " si vous m'avez
parlé de l'assassinat de Djamel Zitouni qui a reconnu sa responsabilité
dans le massacre des femmes et des enfants, ma mission aurait été
plus compréhensible ! "
A
ce moment, le colonel Bachir Tartague m'a interrompu avec virulence
et m'a dit : " laisse Zitouni tranquille, il est des nôtres
et c'est avec lui désormais que tu travailleras, nous t'organiserons
un rendez-vous avec lui. "
Lorsque la discussion a atteint ce niveau ma stupéfaction était
complète et je n'avais d'autre choix que de faire semblant d'accepter
toutes les proposions. Je voulais gagner un temps précieux qui
allait me permettre de me préparer pour quitter l'Algérie
le plutôt possible.
Lorsqu'ils m'ont fixé un rendez-vous avec l'un des intermédiaires
afin d'organiser ma rencontre avec Zitouni, je ne suis pas parti au
rendez-vous grâce à l'aide d'un avocat. J'ai pu quitter
l'Algérie le 19 novembre 1995 par les frontières maliennes.
Après un long périple en Afrique de l'ouest je suis arrivé
en Grande Bretagne le 19 novembre 1997 où j'ai demandé
l'asile politique qui m'a été accordé conformément
à la convention internationale de 1951 le 21 juin 1999. Depuis
cette date je vis en Grande Bretagne.
Lorsque
j'ai terminé mon intervention, le ministre de la défense
s'est levé pour commenter mon témoignage et a dit :
" Je connais le capitane Chouchane et je le respecte et je respecte
ses convictions. Je pense que je l'ai désigné dans une
commission militaire de grande importance si je ne me trompe pas, mais
je sais aussi qu'il est un islamiste convaincu et adopte le discours
des islamistes. En ce qui concerne son affaire, j'ai été
informé qu'il a eu des contacts, en avril et en mai 1991, avec
Saïd Makhloufi et Abdelkader Chebouti ; ces derniers avaient constitué
des organisations islamiques armées et a reconnu devant le juge
d'instruction qu'il a reçu des ordres de la direction du FIS
pour observer l'attitude de l'armée. Quant à l'affaire
de Guemmar, je ne sais d'où Chouchane a ramené ses chiffres,
parce qu'on a perdu sept militaires et non un et les personnes sanctionnées
étaient des éléments dangereux ; et l'implication
du FIS, d'une manière ou d'une autre, était claire. De
même, le MAOL, appartenant aux islamistes, diffuse des informations
sur l'armée sans même connaître les prérogatives
des membres du commandement militaire ; Moi, je les connais, qu'ils
se mettent en rang pour les compter, ils ne dépasseront même
pas le nombre des doigts de la main. "
C'était
là, l'intervention du ministre pour commenter mon témoignage.
On
m'a accordé quelques minutes pour lui répondre et j'ai
dit : " Je ne sais pas pourquoi, le ministre a parlé de
mes contacts avec Saïd Makhloufi et Abdelkader Chebouti, mais je
confirme ma rencontre avec ces deux citoyens algériens à
l'instar des autres officiers et sous-officiers ; l'objectif de la rencontre
était légitime ; en effet, le déploiement des forces
armées sur tout le territoire national, sa mise en état
d'alerte maximum et les provocations que subissent les citoyens ont
fait craindre à beaucoup d'entre eux, que l'armée commet
des massacres comme ceux subis par les islamistes en Syrie, en Egypte
et en Irak. Si nous, les militaires, nous étions mécontents
du comportement agressif du commandement, les islamistes ont plus de
raisons d'avoir peur. Aussi ils nous ont contacté pour s'assurer
les intentions non criminelles du commandement militaire, je leur ai
confirmé que je ne prendrais pas les armes contre un Algérien
civil et qu'ils ne devraient pas devancer les événements
et de respecter les ordres de la direction politique. Ces rencontres
avaient permis d'éviter de couler le sang en 1991 et je défie
le ministre de la défense et tous les services de sécurité
de prouver que Saïd Makhloufi et Abdelkader Chebouti ont accompli
une action armée avant mon arrestation le 3 mars 1992. C'est
la raison pour laquelle j'ai refusé de coopérer avec les
services de sécurité pour arrêter ces deux hommes
en 1992 comme j'ai refusé de participer dans le complot de leur
assassinat en 1995 parce que je crois qu'ils sont des victimes du despotisme
du pouvoir. "
Là,
j'ai terminé mon temps de parole et la séance fut levée.
Je
veux continuer, ici, ma réponse au ministre afin de mettre les
points sur les i.
En ce qui concerne l'affaire de Guemmar, j'ai parlé des pertes
dues au crime lui-même c'est-à-dire un sergent tué
et 20 armes volées. Et il était possible de limiter les
pertes en vies si l'affaire était traitée dans son contexte
local. Mais c'est l'obstination du commandement à mobiliser des
sections des différentes armées pour pourchasser des adolescents
encerclés, ne sachant pas manier les armes, qui a augmenté
le nombre de morts à 60 dont 24 adolescents tués par les
forces spéciales et sans qu'aucun soldat ne soit blessé.
Quant aux six militaires dont a parlé le ministre, ils étaient
tués par leurs collègues par erreur et l'affaire est connue
parmi les soldats des forces spéciales ; le ministre ne devrait
pas creuser un peu plus cette affaire parce que son odeur sera nauséabonde.
Quant à ma relation avec le MAOL, le ministre sait que je suis
très clair et si j'étais membre dans cette organisation,
je l'aurai déclaré fièrement, mais je ne suis pas
membre et personne ne m'a proposé d'y adhérer jusqu'à
maintenant. De même, la nature confidentielle des informations
que publie le MAOL n'a pas de relation avec ma spécialité
; je n'ai pas travaillé, durant tout mon service, dans les secrets
du commandement de l'armée, mais j'ai rempli mes missions dans
le domaine de l'entraînement et des opérations avec les
soldats et les officiers et j'ai eu la confiance des chefs et des subalternes
jusqu'à mon arrestation, comme vous le savez monsieur le ministre.
Malgré cela, je ne cache pas ma relation fraternelle avec certains
membres de ce mouvement que j'ai connus lorsque j'ai quitté l'Algérie
et qui mérite la plus grande considération et le plus
grand respect.
Quant
à l'allégation du ministre que le mouvement est de fabrication
islamiste, c'est faut sans aucun doute parce qu'il est confirmé
qu'il n'adhère pas au projet islamique et ne désire pas
coopérer avec les islamistes et ses éléments connus
étaient dans le front anti-FIS jusqu'à 1995 avant qu'ils
ne découvrent la nature criminelle des décisions du commandement.
Quant
à ma relation personnelle avec les islamistes, je confirme qu'elle
n'est qu'une relation normale comme toutes mes relations avec les autres
Algériens ; Comme je démens catégoriquement ce
qu'a prétendu le ministre concernant le fait que je reçois
mes ordres de la direction du FIS ! La vérité est que
j'ai refusé l'accusation des cheikhs du FIS injustement lorsque
j'étais sous la torture ; et si cela était vrai, pourquoi
ils ne l'ont pas cité dans les chefs d'accusation contre la direction
du FIS et pourtant j'étais en prison lors de leur jugement ?
Mais ce que monsieur l'ex. ministre n'a pas dit, c'est que le papier
qu'il avait entre les mains lorsqu'il commentait mon témoignage
n'était autre qu'une partie du procès-verbal de mon interrogatoire
au centre de torture de Ben Akoun en mars 1992.
Il
aurait été plus honnête de ramener tout le PV ainsi
que la lettre que je lui ai envoyé. Malgré cela, je confirme
que ma relation avec le projet islamique est fondée sur une conviction
profonde, qui ne souffre d'aucun doute, que c'est le projet idéal
pour le bonheur de l'humanité dans la vie ici-bas et dans l'Au-delà
; et je ne suis pas concerné, dans cette attitude par ce qu'adoptent
les partis islamiques eux-mêmes ou ce que prétendent les
ennemis des islamistes. Si les gens étaient honnêtes et
justes, ils découvriront la Vérité. Mais l'ex.
ministre de la défense et ses conseillers parient sur les suites
du 11 septembre et croient que l'Islam est devenu une accusation dangereuse,
aussi il faut coopérer pour pourchasser ceux qui se cachent derrière
et c'est la raison pour laquelle ils tournent autour de cette colonne
érodée sans arrêt ; En vérité, ils
sont plongés dans un mirage dont ils se réveilleront,
un jour, car l'homme juste trouvera sa place sur toute la terre de Dieu
et pourra vivre avec tous les hommes quelles que soient leurs races
et leurs religions tant qu'ils resteront attachés à leur
humanité.
Quant
aux prétendus sauveurs de l'Algérie, leur problème
est qu'ils ne veulent pas vivre en tant que citoyen en Algérie
comme tous les Algériens et ne peuvent supporter de vivre en
tant que démocrate en Occident comme tous les citoyens occidentaux
; mais ils se sont habitué à vivre en tant que despotes
occidentaux dans l'Algérie oppressée et c'est là
une situation étrange qui ne peut ni se stabiliser, ni durer
et s'ils reviennent à eux, ils sauront que leurs folles ambitions
sont la cause du mal qui a touché tout le monde.
En
conclusion, j'espère que les Algériens et les Algériennes
qui ont choisi la confrontation avec la majorité du peuple révisent
leurs positions et arrêtent leur mensonge et leur injustice et
tirent les leçons de ce qui s'est passé, sinon la machine
de la destruction qu'ils ont conduit en 1992 les écrasera un
jour. En ce qui concerne le peuple algérien et quel que soit
le nombre de ses victimes, il se relèvera haut et fort avec ses
principes inébranlables et sa glorieuse histoire que les hommes
d'honneur ont construit à travers ses siècles.
Le
Capitaine Ahmed Chouchane
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Témoignage
Du
Capitaine
Samir
Abdi
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Au
Soldat Algérien.
Il a fallu
un courage immense pour que j'ecrive ces lignes qui sont maintenant
entre les mains du soldat Algérien.....
Un temoignage devant l'histoire, pour la condamnation de la tyranie
des services de securite qui ont atteint les limites les plus incroyables
dans leur mepris des vies des citoyens et de leur securite, plongeant
ainsi l'Algerie dans le noir d'une nuit sans fin.
En tant qu'officier de l'ANP, je porte une part de responsabilite devant
l'histoire et devant le peuple, Car le silence est l'allie le plus fort
des forces du mal au sein de l'institution militaire, et la peur est
le carburant de cette machine infernale qui moissonne les vies humaines.
Pour cette raison mon temoignage ne met pas en cause seulement un groupe
de generaux, mais l'institution militaire toute entiere; c'est parceque
les atrocites et les crimes n'ont ete commis qu'apres que ce groupe
de generaux ait neglige et bafoue l'ANP et la totalite de ses services
de securite.
L'incroyable
et le plus honteux vient du fait que tous les massacres et les carnages,
sont commis sous la baniere de l'interet de la nation , la preservation
de la republique et la lutte anti-terroriste avec la complicite de la
dite societe civile et des partis microscopiques.
Le secret
des tortionnaires a ete decouvert: n'est-il pas temps de l'arreter et
de prendre soin de ce peuple meurtrie, egorge? Est-ce-que les enfants
fideles de l'Algerie au sein de l'ANP et les services de securite sont
convaincu que le remede vient du refus des faux symboles et le jugement
de ceux qui ont enfonce l'Algerie dans cette terrible experience, le
seul chemin vers la reconquete de la dignite et de l'honneur vient de
la reconciliation nationale, et le retour au peuple qui est seul apte
a choisir son destin et ceux qui le gouvernent suivant la loi et la
constitution. Est-il temps pour nous de revenir a notre mission essentielle
qui est la defense du territoire national et la legalite constitutionnelle.
L'histoire n'est pas clemente, et c'est la raison pour laquelle "avec
notre nombre eleve" au sein de l'ANP nous souffrons et regrettons
ce qui se passe en Algerie entre meurtres et massacres, et tout cela
pour qu'une poignée d'opportunistes (soit visible ou dans les
coulisses) puisse durer dans les postes de decisions.
Pour tout cela nous incombons la responsabilite de la crise et ses concequences
aux generaux decideurs, car l'argument du terrorisme islamiste "GIA"
n'est plus valable et ne satisfait plus personne.
Nous sommes au courant plus que toute autre personne de la realite concernant
ce groupe"GIA" fictif et ses limites réelles ainsi
que ses capacites a tuer et massacrer des villages entiers.
Ceux qui
ont planifie et execute le plus ignoble des projets que le monde Arabe
ait vu, sont les memes qui qualifient leurs adversaires de terroristes
et d'extremistes.
Est-ce que le soldat Algerien est arrive a un stade où il est
suffisamment conçient pour ne plus permettre aux crimes de se
reproduire.
Nous l'ésperons
!
Le Capitaine
Samir Abdi.
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